GEFUV

AccueilCalendrierFAQRechercherS'enregistrerConnexionEscadrillesOutils
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet
 

60 ans plus tard, quelques part en Virginie...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédente  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivante
AuteurMessage
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 6:31

Le lendemain matin, nous nous retrouvons au petit déjeuner. La cuisine de Crymson Ranch est très grande. Elle me fait penser à ces illustrations datant du siècle dernier où les familles de cow-boy du Middle West très nombreuses, se réunissaient autour d'un repas simple et copieux dans de vastes cuisines. Devant les fourneaux s'active énergiquement Louise, la cuisinière noire. De temps en autre, alors qu'elle range sa vaisselle, elle nous jette un regard réprobateur. En bonne maîtresse de maison, elle veille à la bonne organisation de celle-ci, alors forcément, lorsqu'une bande de braillards débarquent en état d'ébriété au milieu de la nuit ça ne lui plaît guère, sans compter que le matin, vu l'état des illustres invités de son patron, elle peut mettre la moitié des oeufs au bacon à la poubelle. Gunter tente une remarque amicale.
- Et bien voilà bien longtemps qu'on ne vous avait plus donné autant de boulot n'est-ce pas Louise?
Elle est comme on peut imaginer une cuisinière noire. Soit une bonne centaine de kilos entourés d'un tablier blanc à dentelles noué avec un grand nœud dans le dos. Elle porte un foulard noué dans les cheveux. Tous les dimanches elle va à l'église St-John's à Coven Spring chanter du gospel et écouter le révérend Lewis transmettre la bonne parole de notre tout puissant Seigneur!Alleluia! Mais voilà ce matin Louise n'est pas de bonne humeur. Elle fait face à Gunter la main gauche sur la hanche, tenant dans la droite une grosse cuillère en bois qu'elle fait tournoyer de manière inquiétante dans notre direction.
- Si c'est pas malheureux! A votre âge! Vous devriez avoir honte. Je suis sûr que le révérend en parlera à la messe dimanche prochain, Mes amies me poseront des tas de questions gênantes et que devrais-je répondre hein? Que j'habite sous le même toit qu'une bande d'ivrognes intenables.
Elle se signe prestement. Je tente de rattraper le coup.
- Ce n'est pas si grave Madame. Le Colonel a simplement fêté le retour de quelques anciens camarades de guerre.
Oulala, que n'avais-je pas dit.
- Oh vous vous feriez mieux de vous taire. Depuis que vous êtes à la maison, M. Gunter ne sait plus où il en est. Il ne fait que des bêtises et il boit encore plus que normalement.
Elle gesticule son cuiller de bois sous mon nez, le capitaine Kasey qui est assis à ma gauche, s'écarte imperceptiblement l'air de rien pour se mettre hors de portée des dangereux moulinets.
- Tiens! Parlons en de la guerre! Avec tous ces malheureux que vous avez tués, est-ce que vous vous êtes au moins une fois confessés dans votre vie? Jamais, je suis sûre que vous n'avez jamais mis les pieds dans une église, ne serait-ce que pour voir à quoi elle ressemblait.
Je lui répond:
- Ben heu moi je ne l'ai pas faite la guerre M'ame! J'ai rien à me reprocher à ce niveau en tout cas.
Gunter intervient.
- Ah ben si quand même, je suis allé à l'église pour me marier et pour baptiser mes gosses.
Adamas ajoute.
- Et moi j'aimais bien y aller à Noël. Dans mon village, le maire organisait une super bouffe après, ça valait la peine de supporter les théories soporifiques de notre révérend..
Il rigole, mais à la vue de la cuisinière, il réalise que ce n'était pas droit le bon moment pour placer ce genre de commentaire. Son rire se transforme en un gargouilli gêné. Il trouve une porte de sortie en se raclant la gorge. Louise reprend:
- Seigneur, Marie Jésus Christ! J'aurais tout entendu! Aller à l'église parce qu'on y sert à manger après la messe. Vous ne vous nourrissez donc jamais de spiritualité?
Gunter répond l'air candide.
- Ben faut avouer que ça ne rempli pas beaucoup l'estomac... Mais bon je m'excuse pour ce qui s'est passé hier soir Louise. Je sais, comme vous êtes, ô combien précieuse dans l'organisation de ma maison. Je vous promets que nous ferons attention à l'avenir...
Nous nous levons pour sortir. Sur le pas de porte de la cuisine, il ajoute:
- ... dorénavant nous irons donc nous enivrer à Red Stone.
Et il quitte prestement la pièce en rigolant alors que le cuiller en bois virevolte au-dessus de sa tête.
Le plus impressionné de notre équipe c'est Tchaikaram qui reste pensif devant Adamas qui même s'il marche encore avec peine et parle avec un peu d'hésitation est quand même passé du stade d'un semi-légume dans une chaise roulante à un vieillard pas plus mal loti que la plupart des gens de cet âge qui ont quelques bobos aux articulations. Il a suivi toute sa convalescence et actuellement il a encore de la peine à réaliser ce qu'il voit. Il grommelle.
- C'est incroyable Adamas, il y a encore 6 mois, on te nourrissait avec une paille, les médecins ne te donnaient maximum une année et te voilà debout, avec toute ta motricité et parlant pratiquement sans difficulté.
Gunter lui est plus simple, c'est un homme de la terre. Il est heureux et savoure chaque instant vécu avec ses anciens camarades de combat.
- Ben quoi on dirait que t'es déçu Tchaik? C'est l'air de Crymson Ranch qui lui a fait du bien! Hein Adamas?
Adamas qui sort lentement de sa cuite réalise gentiment sa nouvelle condition.
- Ben quand ma femme est décédée, ça a été dur. Dans ma vie j'ai eu deux familles. La "17" et ma vraie famille, ma femme et mes gosses. Quand elle est morte, je me demandais ce que j'allais devenir à mon âge sans elle. Quelques parts, je suis consciens que me suis laissé mourir, et puis il y a eu mon attaque. J'ai perdu ma mémoire. Tchaikaram m'a sorti de l'hôpital où je me trouvais et m'a placé à St-Paul. Ca allait mieux, Kasey venait me voir aussi. On parlait souvent de vous Colonel, du temps passé. On croyait que vous étiez mort. Un jour Kasey nous a dit que vous l'aviez contacté pour aller à Richmond.... Au début, Tchaikaram ne voulait pas y aller. Il disait que vous aviez coupé les ponts, qu'il fallait respecter votre éloignement. Mais j'ai insisté et finalement il a cédé et on est venu. J'ai retrouvé ma première famille, je n'avais plus envie de me laisser aller. Après je ne sais pas ce qui c'est passé. On a fait la fête hier soir, il y a eu des flashs, des images profondément enfouies dans ma mémoire sont ressorties. Il y a eu la bagarre et puis voilà, ce matin je me réveille et je me lève presque normalement... Je me demande si je ne devrai pas aller à l'église avec Louise la semaine prochaine.... je ne rigole pas, je vais y aller.

Alors que nous nous promenons dans les allées de son magnifique jardin, je profite de la bonne ambiance générale pour relancer le Colonel Gunter sur son passé dans la RAF.
- Je sais que vous n'aimez pas en parler Colonel, mais vous pourriez me raconter ce qui s'est passé en 1940 avec les Eagle Squadron?
Il se renfrogne.
- Non vous avez raison, je déteste en parler. J'ai failli passer en cours martial à cause de ce Flower. Mais je vais vous raconter cette histoire, car indirectement elle fait partie de l'histoire de la "17". En tout cas, sans elle, il y aurait eu très peu de chances pour que je reprenne le commandement de mon escadrille dans le Pacifique. Mais venez, nous allons à Red Stone avec le Cherokee.
Les trois anciens pilotes de l'escadrille de Colonel Gunter on le regard interrogateur. Gunter poursuit:
- C'est ma résidence secondaire, celle où je vais de temps à autre me recueillir, Mister Franklin connaît l'endroit il y est déjà venu.
Une quinzaine de minute plus tard, j'ai pris le volant du gros 4x4 et je me dirige vers la cabane au point de vue extraordinaire du Colonel Gunter...

La suite la semaine prochaine... Cool
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill
Revenir en haut Aller en bas
VF17_Gunter
Capitaine de Vaisseau
Capitaine de Vaisseau



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 2006

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 8:47

ENCORE ! cheers cheers cheers
Revenir en haut Aller en bas
Adamas




Age : 38
Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 2353
Localisation : Mérignac (Gironde)

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 9:53

merci harry cheers c'est super , bien heureux d'avoir retrouvé ma mobilité dans ton récit comme dans la vie réel (genoux), moi aussi je vais a Red Stone , heu , pardon .... dans la patrie des vras Breton boire un bon coup avec Gunter et c'est promis nous serons sage , enfin j'éspère que nous ne finirons pas en salle de dégrisement ... pirat
retour dans une semaine avec plain de souvenir....
_________________
Adieux a mes amis ;-(
Revenir en haut Aller en bas
RTA_Oscarbob
Major
Major



Age : 95
Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 7660
Localisation : (en bas à droite)

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 14:40

Very Happy
_________________
...a stulto undique caveto !
Revenir en haut Aller en bas
RTA_DFN
Major
Major



Inscrit le : 28 Oct 2005
Messages : 1181
Localisation : à 30 000 ft...

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 15:33

Very Happy Very Happy
_________________
Jug Forever
Revenir en haut Aller en bas
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 17:03

Y aura une suite, promis. ;)
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill
Revenir en haut Aller en bas
RTA_Cbal
Lt Colonel
Lt Colonel



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5455

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Ven 20 Jan - 18:13

Merci harry, cheers
_________________
Revenir en haut Aller en bas
VF17_Gunter
Capitaine de Vaisseau
Capitaine de Vaisseau



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 2006

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Sam 21 Jan - 14:53

ça commence ! le bougre il arrive avec une bouteille de sky et on est dejà la binouze a la main heu............. suite du programme a cette allure : vomito

La suite au prochain n°
Revenir en haut Aller en bas
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Mar 4 Avr - 22:20

Dandinant doucement sur ses suspensions souples, le vieux Cherokee Chief grimpait vers Red Stone. Le paysage avait pris des allures de vieilles séries américaines. Dans cet environnement magnifique, le temps semblait s'être arrêté au milieu des années '50. La vieille Jeep, le poste diffusant "i be bound to write to you" de Muddy Waters, un titre sorti en 1942, le soleil couchant. L'inspecteur Harry ou le chien Lassy serait sorti d'un bosquet que j'en aurais pas été surpris. Le Colonel Gunter était assis à ma droite. En bras de chemise, le coude à la portière, ses cheveux blancs flottant dans la brise légère. Son regard semblait tourné définitivement vers le ciel incandescent de cette fin de soirée.
J'en avais déjà vu des vétérans de la 2ème, certains tenaient bien le coup, mais la plupart avaient des problèmes de santé. Là par contre, c'est bien la première fois que j'en rencontrais quatre d'un coup tout en bonne santé, qui plus est le poings et le verbe encore sacrément agiles!
Encore deux virages et Red Stone, la cabane mythique faisait son apparition. Le charme de l'endroit fit son effet sur les visiteurs.
Adamas réajusta ses lunettes:
- Oh mince alors, c'est à vous ce coin chef?
Gunter était pas peu fier de son palais.
- Ouai, c'est à moi. Ici ne viennent que quelques initiés. Celui qui vient m'emmerder est accueilli avec du plomb et du vrai de cow-boy, du 30/30 Winchester!
Kasey avait retiré sa veste à carreaux et son chapeau, avec ses lunettes, lui aussi semblait sortir d'une vieille série "B".
- Vous avez à boire dans votre case commandant? Parce que là, votre terre est très belle, mais rudement aride.
Gunter s'approcha avec un petit sourire de la porte qu'il ouvra. Je savais pourquoi il souriait...
Les trois invités restèrent un moment sans voix devant le panneau de capot moteur de Corsair ornant la fameuse bannière à tête de mort. Kasey contemplait des photos où on le voyait 60 ans plus jeune. A chacune, il faisait un commentaire.
- Ah là, celle-là je m'en souviens comme si s'était hier... on venait de rentrer de mission, c'était notre première, après le désastre des FM2 sur Leytes...
Il resta un moment songeur.
- Vous vous rendez compte M. Franklin.... 60 ans, un paille hein? Et pourtant pour moi, c'était hier... ma jeunesse détruite par la guerre. Toute ma vie a été conditionnée par ce qui s'est passé pour moi, entre 1943 et 1945. Il ne s'est pas passé un jour, où je n'ai pas pensé aux copains, ceux qui sont restés bien sûr, mais ceux aussi qui sont partis... mais surtout ceux qui tombaient depuis 6000 mètres en hurlant dans leur cokpit en feu. Boum! Une gerbe d'eau et le cri se taisait dans les écouteurs. Puis, il y avait un silence lourd... il y avait toujours un silence. J'étais pétrifié de peur.... de dégoût... de honte... sacré putain de saloperie de guerre...
L'énorme hélice semblait également impressionner Adamas qui rêveur en caressait une des pales. Il murmura:
- ...avant chaque mission, je caressais une pale de l'hélice de mon avion... j'aurais pas pensé qu'un jour je referais ce geste.
Tchaikaram s'approcha du capot, il l'ausculta avec attention.
- Pff, c'est incroyable ... c'est bien le capot de votre Corsair. je peux même vous dire lequel, celui que vous avez utilisé lors de notre deuxième tour d'opération dans les Mariannes.
Gunter sembla quelque peu surpris.
- C'est bien ça, mais comment fais-tu pour le reconnaître après toutes ces années?
Tchaikram extirpa de sa poche un stylo bille avec lequel il pointa une des pattes de fixation.
- Regardez là, la patte de fixation inférieure. Elle est redressée et je suis sûr que si on regarde derrière le panneau, il est encore maculé d'huile.
Il se retourna vers moi.
- Oui Monsieur Franklin, c'était en février 1944...
Gunter l'interrompit
- Attends, on va s'installer dehors j'ai des bières au frais. En plus Spencer et mon fils devraient bientôt arriver. Je leur ai demandé de préparer des côtes de bœufs et des potatos. Ils vont nous mettre en route le BQ.
Quelques minutes plus tard, nous étions tous installés une bière bien fraîche sur le perron donnant sur les plaines à perte de vue.
Tchaikaram repris.
- En février 1944, Nimitz a envoyé l'Amiral Mitsher avec quatre porte-avions légers au large des Mariannes pour harceler les Japonais en vue d'un débarquement. Les quatre escadrilles qui avaient été envoyées là bas, n'étaient constituées que de volontaires. Car si on savait quand notre tour d'opérations commençait, on ne savait pas du tout quand il allait se terminer. Il n'y avait pas d'avions d'assaut, que des chasseurs. L'attaque au sol était réservée aux Corsair de la "17". Par contre, on nous avait soigné en dotation. On avait les premiers F4U-1D, de vraies bêtes de course. Les VF15 et VF11 avaient touché des F6F-5. Il restait la VF22 dotée de F6F-3 et de FM2. Ils avaient pour mission la protection de la flotte. Les pauvres n'ont pratiquement pas vu un japs pendant 4 mois.
Il rigola. Entre temps, Spencer était arrivé avec le repas du soir. Il avait rempli un grand grill de charbon auquel il avait mis le feu. Sur un planche, huit grosses tranches avaient été badigeonnées d'un mélange d'ingrédients divers et de moutarde. Kasey et Adamas qui avaient le ventre creux s'étaient levés regardaient avec appétit la belle viande rouge.
Le Général Tchaikaram continua:
- Pour éviter aux Japs de nous trouver, Mitsher déplaçait tout le temps sa flotte. Trois jours à Saipan, puis, alors que les Japonais nous cherchaient au Sud, on filait au large de Guam et c'était reparti pour un tour. Le même jour, on filait vers l'Est et le lendemain on était à portée de Tinian. Les Japs devenaient fous. Ils pensaient qu'on venait des Salomons.
Il riait tout en contemplant sa bouteille de Miller.
- Le 27 février 1944, on a lancé la première attaque sur l'aérodrome principal de Saipan. Il était 05h00 du matin. on alignait 22 Corsair, tous armés de deux bombes de 1000 livres. Trente Hellcat chargés de roquettes HVAR, nous accompagnaient. 40 minutes plus tard, on déboulait à 650 km sur l'aérodrome... sacré réveil qu'ils ont eu ce matin là. Leurs zings étaient alignés comme à la parade. Après le premier passage il ne restait que des carcasses fumantes, les Hellcat ont dû balancer leurs roquettes sur ce qui restait; quelques cabanes et un ou deux miradors. N'empêche, ce fut une des plus belles attaques au sol que nous ayons fait. Ce jour là, pas loin de la moitié du parc aérien japonais de Saipan avait été détruits. Au retour, on a encore descendu deux gros hydravions et les Hellcat ont mitraillé des navires dans la baie de Tanapag. Un sacré succès. Nous on était prêt à y retourner pour une deuxième razzia, mais Mitsher a décidé de se retirer. Certainement que nous sommes passés à côté de l'occasion de détruire toute la flotte aérienne de Saipan, mais Mitsher avait raison. A ce moment, on ne savait pas de quoi était exactement constitué la flotte aérienne nipponne sur les Mariannes. Il y avait quand même environ 500 avions japonais sur les trois îles, dont au moins 300 chasseurs. On a joué au chat et la souris comme ça pendant trois mois. Les périodes de déplacement entre chaque opération, nous permettaient de bien nous reposer.
Les côtes de bœufs répandaient une délicieuse odeur de grillade. Spencer avait mis en route un gros plat de potatos enrobées dans du papier d'aluminium. Louise avait préparé une délicieuse sauce aigre-douce. Pendant que la viande cuisait lentement. Je relançais le Général.
- Vous vous vouliez nous parler du capot moteur du Colonel Gunter.
Tchaikaram ouvrit une nouvelle bouteille de bière.
- Ah oui, c'est juste... en fait, c'est sur Guam que le zing du Colonel a pris une balle. Rien d'important au premier abord, mais qui après démontage s'était avéré beaucoup plus important qu'on y pu le croire. C'était une arme légère qui avait fait ces dommages, peut-être même un simple fantassin avec son fusil. Le projectif avait endommagé le système de maintien du capot, mais avait surtout sectionné net une conduite d'un des radiateurs d'huile. Comme l'huile sortait derrière le radiateur, elle était froide et ne vaporisait pas. Gunter a remarqué qu'il avait un problème quelques minutes après qu'on ait repris le chemin du retour. Sa pression d'huile baissait sensiblement. Comme il ne voyait rien derrière l'avion et que l'huile s'écoulait sous l'appareil, il ne voyait rien. Il a cru à un problème de capteur de pression ou d'instruments. Il n'a pas pris de précaution et est rentré comme si de rien n'était. Une heure plus tard, son moulin a commencé de chauffer, il a réalisé qu'il n'avait effectivement plus d'huile, que ses instruments fonctionnaient parfaitement bien. Quand il a apponté, le ventre de son avion était noir d'huile épaisse et son carter était quasiment vide. Heureusement, le moteur du Corsair était sacrément solide. Mais ce coup là, la surchauffe avait eu raison de lui, il était foutu..
Le soleil se couchait, Spencer nous avait servi. Je n'écoutais plus, je dégustais la viande avec délectation.
- ... et tout ça pour dire que 'est pour cela que j'ai reconnu le panneau du capot qui est là derrière.
Il rigola.
Kasey repris tout en engouffrant un gros morceau de viande.
- Mmh délicieux! On a terminé notre tour d'opérations en juin, une semaine avant l'offensive sur les Mariannes...Vous imaginez! 130000 soldats! Notre flotte d'attaque était composée de trois divisions de Marines, une division d’infanterie en réserve, douze portes-avions d’escorte, cinq cuirassés et onze croiseurs. Puis venait la 5ème flotte de Spruance. Sept cuirassés, vint-et uns croiseurs, soixante-neuf destroyers. Mitsher est revenu avec quatre groupes de porte-avions soit quinze porte-avions 1000 avions. Vous imaginez l'armada Mister Franklin? On était loin des trois portes-avions bancals de la bataille de Midway. Nous, on était plus dans le coup. On est revenu en octobre pour participer à la bataille de Leyte. Mais après un tel déploiement de force, on se croyait imbattable. On vous a déjà raconté la suite...
Il me manquait encore la période durant laquelle Gunter avait volé avec les Eagle Squadron. Une sacré zone d'ombre dans ma biographie...
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill


Dernière édition par le Mer 5 Avr - 9:19, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Adamas




Age : 38
Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 2353
Localisation : Mérignac (Gironde)

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Mar 4 Avr - 23:55

bravo harry tu a vraiment une tres belle plume , c'est fluide , agreable a lire et bien construi , il faudrais vraiment regrouper ses nouvelles que tu nous écrit , les faire relier cuir avec une belle inscription a l'or fin :

Gefuv history by 615sqn_harry

la suite ! , la suite ! ...
_________________
Adieux a mes amis ;-(
Revenir en haut Aller en bas
RTA_Redfox
Captain
Captain



Age : 39
Inscrit le : 06 Nov 2005
Messages : 4669
Localisation : Tuskegee airport

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Mer 5 Avr - 13:12

Je viens de tout imprimer...il na me reste plus qu'à le lire Shocked
_________________


http://flyingtagger.blogspot.com/
Revenir en haut Aller en bas
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Mer 5 Avr - 17:04

Ouai, je peux d'ors et déjà vous annoncer qu'il y aura au moins deux volets Wink

Au fait, une question comme ça. Lisez-vous le texte entre les lignes?
Je veux dire j'essaye parfois de glisser discrètement dans le texte des événements survenus au GEFUV. Il y a quelques noms légèrement transformés qui devraient vous inspirer non?
Genre les gars enterrés à Richmond par exemple Wink . L'adjoint du sheriff m'a bien fait rire, y vous inspire qui l'adjoint, mouarf! Laughing
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill
Revenir en haut Aller en bas
VF17_Kasey
Lieutenant de vaisseau
Lieutenant de vaisseau



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 268
Localisation : Genève

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Mer 5 Avr - 20:30

Oui oui Harry! Ca m'a fait rire d'ailleurs de voir comment tu les a intégrés à ton texte Very Happy.

Sinon, chapeau! Vivement la suite Smile.
_________________
Revenir en haut Aller en bas
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Jeu 6 Avr - 19:09

- C'était une machine de course extraordinaire. Je ne sais pas si durant le conflit il y a eu un avion construit avec autant de soin, autant de style. Une des plus grandes légendes de la deuxième guerre mondiale... non! Pour une fois je serais honnête, mais je le dirai qu'une fois, il EST l'avion légendaire de la WWII. Le seul appareil réunissant beauté et efficacité. Il devait voler vite et manœuvrer plus serrer que n'importe qu'elle chasseur ennemi. Son armement était léger mais d'une redoutable efficacité pour celui qui savait s'en servir. Le seul chasseur qui rivalisait avec les Zéro dans son domaine de vol. Qui a semé l'inquiétude autant sur le front Ouest que dans le Pacifique. Quand on a voulu l'utiliser pour faire autre chose que de la chasse, ils l'ont dénaturé. Le Spitfire est l'avion qui m'a inspiré le plus de respect de toute ma carrière de pilote militaire! Vous pensez, quand j'ai connu cet avion, je sortais d'un P26.
La nuit était tombée maintenant. Des millions d'étoiles crépissaient le ciel parfaitement limpide de petites lucioles blanches. Les assiettes avaient été débarrassées. Sur la table devant le perron, il ne restait que trois bouteilles de Bourbon. Le Colonel était assis dans son rocking chair face à la vallée, balançant doucement, un plaid sur les genoux. Kasey était resté à table et finissait le dessert. Tchaikaram et Adamas s'étaient installés sur un gros divan qui était adossé à la façade sous le perron. Adamas fatigué écoutait son ancien leader parler, les yeux mi-clos. Tchaikaram avait fait du thé et il s'en était servi un gros gobelet fumant. Moi j'étais assis au bout de la table, à côté de Kasey, les doigts dansants sur le clavier de mon portable, au rythme du récit de Gunter. La fameuse période entourée d'ombre... celle où il avait servi en 1941 - 1942 pour la RAF.
Il reprit.
- A Tuskegee en Alabama, le meilleur appareil école que l'USAAC avait à nous proposer était le P26. En 1939, lorsque j'y suis rentré...
Je coupais la parole à Gunter.
- L'USAAC??? Vous n'avez donc pas fait vos classes dans la Navy?
J'étais surpris.
Il ricana.
- Non M. Franklin, j'ai rejoint l'armée des États-Unis d'Amérique dans l'USAAC. Vous connaissez certainement Tuskegge, Cette base est devenue célèbre quelques années plus tard lorsque les premiers pilotes noirs y ont été formés.
Tuskegee, tu penses que je connaissais, c'est là que Cbal avait été formé.
- Bien sûr que je connais cette base Colonel. Le Colonel Cbal y a également fait ses classes.
Gunter repris.
- Oui Cbal bien sûr, on partageait la même chambre et Harry J. Flower aussi.
Je ne le connaissais pas celui là.
- Harry était un gars du Wyoming, son père était bûcheron ou un truc comme ça. Avec Cbal, on venait tous trois de milieux assez défavorisés. Je débarquais de Chicago, Cbal de la Virgine et Harry de sa montagne. Nous sommes rapidement devenus amis. Cbal était l'intello de l'équipe, y nous faisait parfois chier avec ses théories, mais en général il avait raison. Alors on se taisait. Harry et moi, c'était un peu tout le contraire. On aimait pas les chieurs…
Il rigole.
- Avec nous, les cons ne faisaient pas long feu. J'me souviens d'un californien qui faisait de la boxe française…. Sacré sport … qu'est ce que je lui ai mis au blondinet, Franck Garth qu'il s'appelait. Fin 1942, je l'ai retrouvé à San Diego. Toujours aussi con… con mais Général, ce qui n'était pas pour m'arranger… je me suis retrouvé avec la "17" et ses Birdcage en Nouvelle-Guinée… Je ne me lasserai pas de le remercier de m'avoir fait ce cadeau. A l'origine il était prévu que je rejoins la VMF32 sur le Shamrock…
Il ricane:
- A Tuskegee après quelques bagarres mémorables. On nous a mis "au fixe", Harry et moi, avec menace de radiation, si on ne se calmait pas. Il nous restait quelques semaines à tirer avant la fin de l'école. J'ai fait le poing dans la poche, Harry qui n'arrivait pas à la fermer, a envoyé sur les roses Mc Gregor, le commandant de la base. Il en a profité pour le foutre dehors et l'obliger à finir son service sous les drapeaux dans une unité d'infanterie en Floride. Sur le chemin qui le menait vers les Everglades, Harry a déserté. Il a rejoint New-York, et a embarqué, je ne sais pas trop comment sur un cargo à destination de l'Angleterre avec la ferme intention de rejoindre la RAF qui avait un gros besoin de pilotes après la bataille d'Angleterre. On était en juin 1941. A quelques miles de la côte écossaise, le cargo sur lequel il se trouvait a été coulé. L'équipage et les passagers du bateau ont été récupérés par la Home Fleet. Harry qui avait perdu toutes ses affaires dans le naufrage, a passé les contrôles sans difficulté. Il a rejoint le squadron 71, le fameux "Eagle Squadron" où tous les volontaires américains étaient affectés. J'y étais avec Cbal, c'est d'ailleurs là que j'ai fait connaissance avec le Spitfire. Lorsque Harry est arrivé ce fut quand même un petit choc. On savait qu'il ne devait pas se trouver là. Il nous a mis dans le secret et on a fermé nos gueules. Seulement, au lieu de rester discret, et d'adopter un profil bas, il a fait la star cet imbécile. Après avoir décroché ses deux premières victoires, la presse américaine a commencé de parler de lui. Ca a fait un sacré ramdam aux États-Unis. L'Etat-Major de l'USAAC voulait le récupérer pour le juger. Ca a été un sacré merdier. La Grande-Bretagne qui avait besoin urgent de pilotes ne voulait pas le renvoyer aux USA. Finalement, en septembre, alors que ça cartonnait sec sur la côte Sud, deux inspecteurs de l'USAAC sont venus auditionner Harry et faire une enquête. Ils ont rapidement découvert que Cbal et moi on était dans le secret. Ca sentait le caca pour nous aussi. Dowding qui avait d'autres chats à fouetter, a décrété que tant que nous dépendions de la RAF, nous dépendions des règlements en vigueur chez eux. L'Amérique n'était pas en guerre à ce moment là, les Anglais n'avaient aucune obligation de nous renvoyer aux États-Unis. Cependant, peu avant fin septembre, les pontes de la RAF on estimé qu'il était préférable qu'on nous oublie quelques temps et on a été transféré dans le squadron 134... si on avait su ce qui nous attendait… Enfoiré d'Harry!
Gunter se servit un double sctoch.
- Je nous vois encore tous les trois comme des cons à l'entrée de la base de Goxhill. Le squadron leader du 134ème s'appelait Archibald Nowik, un bon bougre, mais droit comme un "i", un buveur de thé quoi. Les zings affectés à cette escadrille étaient des Hurricane, des MkIIb à 12 mitrailleuses et moteur à injection.. Pendant quelques semaines, on a fait des vols d'entraînement. Le Hurricane tournait un peu mieux que le Spitfire. Par contre, partout ailleurs il était moins bon, surtout face au Spitfire MkVb. En octobre, on a appris qu'elle était notre nouvelle affectation...p.tain quand j'y pense.
Le Colonel éclusa d'un coup sec son verre qui déposa sèchement sur le table. Je saisissais la bouteille et je le servais une nouvelle fois.
- Cet abruti d'Harry qui aimait le Hurricane est devenu copain avec Archy et il a été nommé Flight Leutnant peu de temps avant notre départ pour... Mourmansk. Oui Mister Franklin, MOURMANSK, le trou du cul de la terre au fin fond de la Sibérie. Notre escadrille faisait partie d'un contingent de renfort pour la VVS. Le 12 octobre nous avons embarqué avec les gars du Squadron 81 sur le HMS Empire. Huit jours plus tard, on a débarqué chez les fous. On est resté en Russie jusqu'en février 1942. Entre-temps, les Japs avaient fracassé Pearl Harbord et nous on était en Union soviétique à batailler contre des 109 avec des antiquités. Comme il manquait des officiers, Cbal et moi avons été nommé leader de paire. Harry est aussi monté d'un cran et a été nommé Squadron Leader. Depuis Mourmansk, on nous a transféré dans une base paumée au sud de Moscou à Mozhaisk. J'ai jamais eu aussi froid de toute ma vie que dans ce trou à rats. On avait des cabanes en bois chauffées avec un gros poêle. Harry était avec un officier anglais, le squadron leader Ejybe, Cbal et moi on partageait la même cahute. Les Hurricane étaient stationnés à l'abri et régulièrement les mécanos mettaient les moteurs en marche pour éviter que le liquide de refroidissement et l'huile ne gèlent ou figent. Question opération, il n'y avait pas d'organisation. Chaque commandant d'escadrille dépendait d'un général qui avait tout un secteur sous ses ordres. Il commandait autant l'artillerie que l'infanterie, que l'aviation. C'était un joyeux bordel, chacun faisait comme il voulait, le but étant de survivre avant tout. Les pilotes russes volaient n'importe comment, ils se paumaient, volaient par petits groupes sans coordination, attaquaient des objectifs d'opportunité, ils connaissaient des pertes énormes. Face à la Luftwaffe très structurée, ils se faisaient étriller. Des escadrilles entières sont allées au tas à cause de stratégie inappropriée. A part un ou deux, leurs officiers étaient des incapables. Archy et son second Fowly, bataillaient comme ils pouvaient pour nous éviter d'être dans le pétrin. Ils n'avaient pas leur pareil pour nous pondre des missions à la con, comme celle que nous avons faites peu avant Noël à la limite de notre rayon d'action. On avait escorté des Il2 sur une gare où était censé venir un haut ponte de la Wermacht. J'ai failli y rester ce coup là. Quelques jours avant de quitter la Russie, Harry est venu nous trouver Cbal et moi. Il avait des remords.
Kasey avait terminé les plats. Il s'était servi un café et fumait une cigarette. Adamas avait fini par s'endormir, il ronflait doucement les lunettes sur le bout du nez. Tchaikaram l'avait couché sur le divan et recouvert d'une couverture. Il s'essaya vers Kasey et moi. Il sorti sa petite pipe qu'il bourra méthodiquement. Il l'alluma en expédiant quelques volutes de fumée parfumée vers le ciel.
- Quel coin magnifique Gunter. Je crois que je pourrais y mourir l'esprit en paix.
Gunter qui avait rempli son verre à ras bord, répondit très sérieux.
- Pas tout de suite Tchaikaram, je te l'interdit d'ailleurs. D'abord Mister Franklin doit terminer son livre. Je veux que toi, Kasey et Adamas vous lisiez le manuscrit avant qu'il ne soit mis sous presse! Ce n'est pas mon histoire, mais la nôtre. Une fois que tout sera en règle chacun pourra rentrer chez lui pour y mourir tranquillement.
Il rigola.
- Bon j'en était où?
Je le relançai.
- Harry avait des remords Colonel.
Il avala une gorgé de Bourbon et reprit son histoire:
- Ouai, c'est ça, il est venu nous voir avec une sacré bonne bouteille de whisky . Il avait aussi un petit drapeau américain. Il l'a posé sur la table et on a chialé tous les trois comme des gosses. Notre pays était dans la merde et on était à l'autre bout de la terre à voler sur des Hurricane anglais. Harry nous a promis de tout faire pour que nous puissions réintégrer l'USAAF dès notre retour en Grande-Bretagne. Quelques semaines après Noël, nous sommes rentrés. Harry nous a appris que nous étions réhabilités. L'Amérique manquait cruellement de pilotes d'expérience. J'ai rejoint l'USN comme Major a San Diego et Cbal est passé Major dans l'USAAF. Il resté en Angleterre, pour organiser l'arrivée de nos B17 et des premiers P47 sur territoire Anglais. Harry pouvait également rejoindre l'USAAF, mais en tant que 1st Leutnant. Il a préféré rester dans la RAF, d'ailleurs il a eu la nationalité britannique quelques mois plus tard. A part quelques semaines de permissions par ci, par là, il n'a rejoint le Wyoming que bien plus tard, en 1946 je crois. Il a payé cher sa désertion. A son retour de russie, il s'est retrouvé au 615ème squadron qui a été envoyé en Asie pour appuyer l'offensive en Birmanie d'Auchinleck. Nous nous sommes retrouvés tous les trois en Corée. Avec son statut un peu particulier. Harry y commandait un groupe de Vampire pour la RAF. Cbal était dans une escdrille de "Sabre" et nous on avait nos Corsair... après la Corée, on s'est tous perdus de vue. Voila mon histoire, Mister Francklin. Croyez-vous qu'il sera possible de remplir un livre avec ça?
La nuit était fraîche. L'écran de mon ordinateur portable diffusait une lumière un peu irréelle. Dans l'ombre je sentais le regard du Colonel Gunter me scruter.
- Et bien ce que j'ai appris ces dernières semaines me fournira le corps du livre Colonel. Ensuite, s'il y a encore quelques anecdotes je serais preneur. Et puis, on tâchera de retrouver la liste des opérations les plus importantes auxquelles la "17" a participé. J'y collerai vos témoignages. On devrait pouvoir sortir un bon pavé...
Gunter finit son verre et se leva.
- Il faudra faire assez vite Mister Francklin. J'aimerais que chacun des gars qui est ici, puisse jeter un coup d'œil à votre ouvrage avant qu'il ne sois mis en vente.
- Je ferais au mieux Colonel.
- J'y compte bien Mister Francklin, nous sommes vieux et nous pouvons "partir" à n'importe quel moment.
Il indiqua du chef Adamas qui dormait à poings fermés. Tchaikaram s'approcha de lui. Il lui parla doucement.
- Adamas, hep Adamas, c'est l'heure, vient on rentre, tu seras mieux dans ton lit.
L'intéressé ouvrit les yeux.
- hein... quoi... ah ... oui, je viens, tu m'aides à rejoindre la voiture.
Deux jours plus tard, mon Dodge Durango de location prenait le chemin du retour...
J'avais une petite larme qui perlait au coin de l'oeil droit.
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill
Revenir en haut Aller en bas
615sqn_harry
Wing Commander
Wing Commander



Inscrit le : 26 Oct 2005
Messages : 5636
Localisation : Al Fayat

MessageSujet: Re: 60 ans plus tard, quelques part en Virginie...   Lun 10 Avr - 14:20

Deux mois s'étaient déroulés depuis mon retour à la "civilisation".

...8 Corsair parfaitement échelonnés étaient alignés derrière celui de Gunter. Cela faisait maintenant une bonne heure que l'on volait avec nos bombes de 1000 lbs sous le ventre. Plus bas, les boxes de B25 suivaient, impassibles, leur cap. Notre objectif, un point de débarquement près de Buna sur Oro Bay. Les bombardiers devaient s'occuper du port et nous, des éventuels navires de guerre qui ne manqueraient pas de se trouver amarrés dans le secteur. On avait une double mission, escorte et neutralisation des bâtiments ou de la DCA qui pourraient opérer dans le secteur.

Un café à la main, je relisais le témoignage du Lt Adamas une dernière fois.

... environ 10 minutes avant l'objectif, nous avons accéléré afin de devancer de quelques minutes les bimoteurs. Enfin les premiers moutons de noirs de DCA commençaient de nous encadrer. En bas, on découvrait avec stupeur que les Japonais, ne s'étaient pas contenté de créer un point de débarquement, ils avaient carrément construit un port! Le Colonel Gunter avisait le leader des bombardiers de la situation. En ce qui nous concernait, en bas deux formes oblongues et grises, parfois parsemées de petits éclairs attiraient notre attention. Des destroyers japonais.
- De Leader à tous. On attaque par paire. Les autres restent en haut et attendent le résultat avant d'entamer votre attaque.
Quelques minutes plus tard, c'est à mon tour, je file plein gaz derrière Kasey qui s'aligne sur le destroyer le plus au Sud dans la rade. des traçantes remontent vers nous depuis les bateaux mais aussi depuis le port, mais je ne vois qu'une chose, ce long cigare fin et gris d'où des traçantes filent maintenant vers nous. J'ai le souffle court, de la sueur coule le long de mon cou, la différence de pression due au changement rapide d'altitude me bouche les oreilles. Le point central de mon viseur est ajusté sur la proue du navire. Le sifflement hurlant au travers des volets de refroidissement du capot moteur, machinalement, d'un geste rapide je passe le compresseur en position une, toujours à tâtons, j'empoigne la commande de largage d'une main ferme.... 2000 .... 1500....1000... la structure de mon Corsair se met à vibrer... encore quelques secondes. A présent, je distingue, la superstructure du navire, ses tourelles, son château et les cheminées. A cette distance je ne peux pas le louper. Clong... le largage des bombes allègent mon appareil qui fait un bon et remonte comme une balle dans le ciel lumineux. Explosion! Une gerbe d'eau, ce sont les bombes de Kasey, une seule touche le bâtiment. Je suis en ressource... j'entends le fracas de mes bombes, un regard en arrière, elles ont touché le bateau. Voile noir, je réduis mon taux de montée, j'ai envie de vomir. Je ravale ma salive. Je suis maintenant inscrit dans un virage gauche, nouveau voile. Soudainement, un terrible fracas, l'espace d'un instant, les commandes de mon Corsair sont molles. Je jette un oeil à mon altimètre et à mon badin, mais le tableau de bord est fracassé. La plupart des instruments son détruits. Je reprends mes esprits, un coup d'œil à l'arrière, pas d'avion ennemi, c'est la DCA qui m'a touché. D'ailleurs elle continue de s'acharner sur moi. Ma manœuvre m'a ramené vers l'un des destroyer. Je constate que malgré les dommages que nos bombes lui aient fait subir, les servants continuent de tirer. Je m'éloigne au plus vite. En sécurité, je fais la check liste de mes dégâts. La plupart de mes instruments sont endommagés et ma radio est morte. Mon aile droite est criblée de trous. Le moteur et les commandes ne semblent pas trop touchées quoique j'ai un flottement dans la dérive. Le plus inquiétant, un long panache blanc prolonge l'arrière de mon chasseur; perte de carburant. La jauge étant détruite impossible de savoir quelle quantité de carburant il me reste. Mon compas et ma boussole sont fichus, mais j'emporte toujours avec moi ma boussole portable. Je la fixe autour de ma jambe gauche avec une sangle en cuir. Je prends un cap Sud-Ouest qui devrait me ramener vers Port Moresby. Je vole à 1500 mètres, il va falloir traverser le Mont Owen Stanley culminant à 3000 Reste à savoir si mon précieux carburant me permet d'y arriver. Un peu plus tard, Kasey s'approche de mon appareil, nous communiquons par signes. Il comprend que je suis sans radio, il m'indique qu'il reste avec moi et qu'il va m'indiquer le chemin. Je respire, je me sens moins seul. Devant moi, le Mt Owen Stanley se dresse menaçant. En cette fin de journée, le soleil couchant joue avec les ombres, donnant un aspect inquiétant à cette foutue colline qu'il nous faut chaque fois survoler, à la portée des armes légères des escouades japonaises . Je réduis le pas d'hélice et la richesse, j'incline doucement le Corsair. Faut qu'il monte en consommant le moins possible. Faut que je passe au moins la montagne, de l'autre côté, la ligne de front n'est pas loin, je pourrais toujours m'éjecter, mais ici, ça serait la catastrophe. Ce secteur de la jungle appartient aux troupes japonaises. Je n'ai qu'une maigre instruction en ce qui concerne la survie en territoire hostile. Et toujours pas d'avions japonais dans le secteur. je me dis que j'ai quand même de la chance dans mon malheur. La photo de ma fiancée souriante sur le tableau de bord, je n'ose affronter son regard charmeur. Je la retire de son support et la glisse dans ma poche. Machinalement, je vérifie les sangles de mon parachute, je contrôle la fermeture de la gaine de cal. 45... Anxieux, j'essaye d'actionner le système d'ouverture de ma verrière... ouf ça a l'air de fonctionner, je laisse ouvert. Je me penche à l'extérieur pour essayer de juger l'importance des dégâts. le réservoir principal n'a pas l'air touché. C'est un des réservoirs d'aile qui perd du carburant. Je me penche vers l'arrière et constate avec effroi qu'il manque un énorme bout de fuselage à un mètre derrière le fuselage. Les batteries principales sont détruites, je ne marche plus que sur les auxiliaires, normal que mes instruments ne fonctionnent pas. Kasey est toujours là dans mes 11 heures 1000 mètres en dessus, m'indiquant le plus court chemin. Où sont les autres? La mission a réussi? C'est bien le moment de me poser ce genre de questions. Je n'ose pas essayer mon train d'atterrissage de peur de ne plus pouvoir le rentrer. En dessous de mes ailes, enfin le sommet du Mont Owen. Au loin, à l'horizon il doit y avoir notre base, j'ai une grosse bouffée d'optimisme. En dessous, c'est une espèce de nomansland où les Australiens et les Japonais se livrent à des escarmouches. C'est le moment où mon moteur décide d'avoir une première ratée. Imperceptible, mais je l'ai bien ressentie, suivie d'un petit ralentissement. Mon cœur bat la chamade. Je perds de la vitesse, j'ai encore du chemin à faire avant d'être en sécurité. Je me penche pour regarder le sol. Nous longeons la fameuse route de Kokoda qui traverse la montagne. De temps à autre, apparaît une carcasse de camions britanniques ou japonais. Mais point de mouvements. L'accès est trop dangereux et le bruit de mon moteur doit inquiéter les fantassins ou tankistes qui attendent le bon moment pour reprendre leur chemin en direction des quelques unités bataillant dans le secteur.
Mon moteur a de nouveau une ratée, cette fois elle était nettement perceptible. Cinq minutes plus tard, je suis entouré pour seuls bruits, le vent s'engouffrant dans le cockpit, le sifflement de l'hélice et une espèce de clang clang derrière ma tête. Un panneau d'aluminium entier s'est détaché et tape en rythme le fuselage. Je suis trop bas pour sauter, mais je devrais pouvoir tenter un atterrissage sur le ventre sur la route ou ses abords partiellement dégagés. J'aperçois un tronçon rectiligne. J'aligne le Corsair qui doit encore filer à au moins 300 km/h. A 100 mètres du sol, je m'aperçois avec horreur que la route et ses alentours sont jonchés de carcasses de camions ou de blindés. Devant mon capot apparaît soudainement une colonne en mouvement. Je n'ai pas le temps, d'identifier son origine, mais comme elle se dirige vers le Nord, j'ose espérer qu'ils sont des nôtres. Au-dessus de moi, le Corsair de Kasey continue de tourner. Je passe in extremis au-dessus de plusieurs véhicules, il y a des soldats qui se jettent dans le fossé. J'y crois pas, on ne voit pratiquement jamais de mouvement sur cette p.tain de route et voilà qu'au moment où je dois m'y vacher en urgence, je tombe en plein sur une colonne motorisée. J'ai sorti les volets, je ne connais pas ma vitesse, mais elle de toute façon beaucoup trop élevée. Dans un bruit effroyable de tôle froissée, mon Corsair heurte le sol avec brutalité. Les sangles que j'avais tendues juste avant de débuter ma manœuvre, me scient les épaules, ma tête part en avant et frôle le collimateur. L'avion part du nez, j'ai l'impression qu'il va basculer sur le dos. J'ai les deux mains contre le tableau de bord. Saloperie, tu vas t'arrêter oui! Le temps semble s'éterniser. Pourvu qu'il ne pique pas feu. Le Corsair quitte la route à gauche, traverse une zone herbeuse. L'aile droite heurte un blindé calciné, l'appareil fait un demi-tour violent et s'immobilise enfin a quelques mètres des premiers arbres de la jungle. Tremblant, comme une feuille. J'essaye maladroitement de décrocher mon harnais. Ma verrière a été arrachée, je ne sais trop comment et je perçois maintenant nettement les sons de la forêt tropicale. en arrière fond, je devine des bruits de moteur, des gens qui crient et qui court. Je suis cassé, je n'arrive plus à bouger. Ca y est le premier soldat arrive à ma hauteur. Il a une tête toute rouge, il est rouquin et il sent la transpiration, pas de doute, c'est un Anglais. Je suis sauvé. Un deuxième arrive avec son casque en forme de galette. Vive la Reine d'Angleterre et les Anglais.
Les voix me semblent lointaines, il ne faut pas qu'il brûle, sortez-moi de là avant qu'il ne brûle!
- Hein, qu'est ce qu'il dit... vive la reine d'Angleterre?!
Rire.
- Foutez-vous de ça Robson, il délire! Sortons-le de là, avant que les Japs alertés par tout ce ramdam se pointent dans le coin.
Je sens un objet passer sous les sangles qui me retiennent au siège. D'un seul coup je suis libéré, j'aimerai aider mes sauveurs à quitter ce piège, mais je suis parfaitement incapable de faire le moindre mouvement. Une sensation gluante sur le côté gauche de la tête révèle une blessure... merde, je suis blessé. Mon regard est trouble mais j'aperçois les restes de mon Corsair. Une bonne partie du fuselage s'est détachée ainsi que l'aile droite. Il ne reste qu'une carcasse fumante de mon valeureux chasseur. Chiez Gunter va encore gueuler parce que j'ai bousillé un avion. On m'assied près d'un petit blindé. Un type qui doit être infirmier ou médecin a sorti d'une trousse de soins, de la gaze qu'il imbibe d'alcool. Il nettoie ma plaie tout en me parlant.
- Et bien Lieutenant, on dirait que vous avez eu une sacré p.tain de chance aujourd'hui? Hein? Vous m'entendez?
J'essaye de parler le plus clairement possible. L'alcool sur ma plaie me fait hurler.
- Et merde toubib! Allez-y doucement, ça réveille un mort vot' truc là!
Je suis presque réveillé. J'essaye de me relever.
- Attendez Lieutenant, vous n'êtes pas encore en forme pour vous lever. On va vous transporter dans un véhicule sanitaire.
Je réalise que le gars qui est en face de moi a un accent effroyable. Ma vue est redevenue nette.
- Merci l'ami. Au fait, vous êtes de quelle arme?
- 4ème brigade blindée du corps expéditionnaire australien Sir. Je suis le capitaine Dwight.
Je reprenais lentement mes esprits et quelques heures plus tard, mon état me permit de rejoindre une jeep plutôt que le petit camion servant au transport des blessés. J'apprenais que cette colonne se rendait dans la région de Kokoda pour tenter de reprendre la base aérienne capturée par les Japonais quelques mois auparavant. Le problème c'est que les Australiens filent vers le Nord et que moi j'aimerai aller vers le Sud. En plus, je n'ai aucun moyen pour informer les copains que j'ai survécu à mon crash. J'ai perçu l'avion de Kasey mais je pense qu'il commençait d'être à court de carburant et il a fini par rentrer.
Heureusement 4 jours plus tard, grâce à une colonne rentrant avec des blessés sur Port-Moresby, j'ai pu rejoindre mon unité 10 jours après mon accident. Tout le monde a cru que j'étais mort. Il a fallu envoyer un télégramme aux Etats-Unis pour que qu'on intercepte la lettre d'annonce de mon décès destinée à mes parents avant qu'elle n'arrive à destination. Mais le pire ça a été de récupérer mes affaires qui avaient déjà été réparties entre les autres pilotes.

Doucement je fermais le livre. Ainsi s'achevait le premier paragraphe de leur tour d'opérations en Nouvelle-Guinée. Sur la couverture, on trouvait une photo de l'époque. Le Colonel Gunter et ses pilotes devant un Corsair. La photo avait été prise sur leur base en Nouvelle-Guinée. Je glissais le livre dans ma serviette et quelques minutes plus tard, un taxi me transportait à l'aéroport où un avion m'attendait à destination de la Virginie. Le Colonel Gunter avait tenu à étudier et lire le manuscrit avant la mise sous presse. Aujourd'hui, je lui livrais en mains propres le premier ouvrage. Je refaisais le chemin parcouru quelques mois auparavant. Les champs de maïs avaient mûri et de gros épis dorés battaient maintenant au rythme d'une brise légère et tiède. J'avais remplacé le Durango par une Jeep Grand Cherokee et toujours sur le siège ma serviette rapiécée. Bientôt, au détour d'une colline apparu Crymson Ranch et sa façade immaculée. Au bas de la colline, l'usine d'emballage et ses cheminées rejetant des vapeurs d'arachide et là bas au loin, invisible, Red Stone; sa cabane et son point de vue de rêve. J'empruntais la route serpentant et bientôt je stationnais ma voiture de location dans la cours. Spencer m'accueillait avec le sourire.
- Et bien Monsieur Francklin, je vous installe dans votre chambre habituelle. La famille Gunter est en tournée d'inspection. Ils vous convient au souper. Vous resterez bien parmi nous.
Il me fit un clin d'œil.
Oui, j'allais rester à Crymson Ranch, j'avais de toute façon encore une carte à jouer... la dernière avant de me retirer.
_________________

"Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill
Revenir en haut Aller en bas

60 ans plus tard, quelques part en Virginie...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 4 sur 6Aller à la page : Précédente  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivante

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
GEFUV :: Forums publics :: Debriefing-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet