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| | Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! | |
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615sqn_harry Wing Commander


Inscrit le : 26 Oct 2005 Messages : 5428 Localisation : Al Fayat
| Sujet: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 19:54 | |
| En ce mois d'avril 1942, sur la base Manston il fait un temps magnifique. Le ciel est balayé par un vent frais soufflant de la mer qui chasse les nuages. Après ma perm passée aux Etats-Unis, mon moral est meilleur, surtout que régulièrement je reçois régulièrement d'Allison ou de ma mère du courrier ou des paquets. Pour le moment, nos quartiers sont pratiquement vides, la plupart des pilotes du 615 sont encore en permission. Archy est allé chez son père à Londres, Fowly et Ejybe passent quelques jours dans leurs familles respectives et en leur absence, j'ai la responsabilité du squadron occupé pour le moment des quelques pilotes étrangers qui ne peuvent rentrer chez eux comme René, Yann Per, Rhamirez ou Enzo qui ont élu domicile sur la base. Ceux-ci s'occupent comme ils peuvent. Alors que certains s'adonnent à la lecture ou font du sport, Yann et Enzo ont dégoté dans les ruines d'un vieux garage se trouvant à proximité de la base, une AJS 500 qu'ils tentent tant bien que mal de remettre en route. Je soupçonne les mécaniciens de la base de leur fournir de l'essence aviation en douce. Ils bricolent des heures et de temps en temps le gros mono démarre dans un vrombissement d'enfer pour s'arrêter presque aussi tôt. En général, l'arrêt est ponctué de quelques jurons ou de cris de joie. L'autre jour, une rupture de conduite a provoqué un mini incendie que les deux compères ont éteint au moyen de couvertures et de sauts d'eau. Une autre fois, la moto a brusquement démarré gaz à fond avec un rapport enclenché. La scène fut burlesque et je faillis mourir de rire. Alors qu'Enzo, arque bouté sur le guidon essayait sans succès de maîtriser la machine infernale, Yann accroché sur le flanc droit et traîné par l'engin, tentait tant bien que mal de remettre le levier de vitesse avec la main. Tout en sautillant dans le barnum d'enfer de son moteur bloqué gaz à fond, la roue arrière tournant à grande vitesse faisait effectuer à la motocyclette des cercles à gauche ou à droite arrachant le gazon. Brusquement l'AJS se mit en ligne bondit en avant, traversa le parterre de fleurs amoureusement soigné par le Sergent Crosby, notre cuisinier. Enzo fut désarçonné et Yann dû se résigner à lâcher la machine en furie qui allat terminer sa course... dans l'Austin du Wing Commander Blaise Rochester du squadron 77. Quelle puissance quand même ces gros mono anglais ! Je ne sais pas si Rochester a plus été vexé par sa portière enfoncée ou par la crise de fou rire générale qui a secoué tous les spectateurs ayant assisté à ce rodéo fumant. En attendant, s'en est terminé de l'expérience AJS et la moto a été soigneusement rangée sous une couverture au fond de notre hangar, questiond e se faire oublier quelque temps. Situation drôle mais révélatrice de la lassitude qui commence d'envahir les quelques pilotes du 615 qui attendent comme moi de pouvoir reprendre du service. Ce qui me surprend, c'est que nos Spitfire MkV flambant neufs ne sont pas utilisés pas d'autres escadrilles. ils sont sagement alignés dans leurs alvéoles de stationnement, arborant sur leurs flancs le code KW. Ca m'exaspère, nous n'avons même pas le droit de participer à un petit sweep en renfort des gars du 602 ou du 77 qui partagent les lieux avec nous. Visiblement quelque chose se prépare pour nous, mais pour le moment l'Etat Major ne laisse rien filtrer. Notre groupe reçoit également des nouveaux pilotes en renfort pour combler les pertes et remplacer les blessés suite à notre escapade en Union Soviétique avec le sqn 134. Il y a quelques jours, j'ai eu la surprise d'accueillir les WO Snake et Oscarbob tous deux anciens pilotes du Coastal Command. Snake est un pilote de Hurricane et Oscar, venant du Squadron 238, est un ancien pilote de Beaufighter. J'ai d'abord cru à une erreur d'affectation, mais ce n'était pas le cas. Ensuite, il y a eu le WO James Cork Kasey pilote de Seahurricane provenant de la FAA. J'ai pensé à un écrémage de pilotes à problèmes, mais l'étude de leurs dossiers, tant à plutôt penser le contraire. Les trois hommes en question sont plutôt bien notés par leurs supérieurs qui motivent leur transfert par un surnombre de pilotes navals. Trop de pilotes curieux ça! Le jour de son arrivée, je me trouvais dans mon bureau. Le soleil printanier me permettait de laisser les portes et les fenêtres grandes ouvertes. De temps en temps, le son rauque de 6 ou 12 moteurs Merlin prenant l'air pour une patrouille, envahissait la pièce. Un discret toc toc me fit lever la tête, Kasey était là, dans l'encadrement de porte tripotant sa casquette. - Sergent Kasey au rapport Sir. Je suis affecté dans votre groupe. Il me tend une feuille. - Bonjour Sergent, entrez! Tiens, on ne m'avait pas annoncé votre arrivée. Alors... combien d'heures sur Hurricane. - 42 Sir, sur Seahurricane... je viens de la Fleet Air Arm, j'ai cinquante-quatre appontages à mon actif. Encore un pilote de Hurricane affecté à notre groupe. C'est tout de même curieux alors que notre escadrille est équipée de Spitfire. - Et sur Spit? Vous avez déjà volé? - Non Sir, mais il me tarde d'apprendre. Il y a longtemps que j'ai envie de piloter cet appareil. Et que dire de la présence d'un pilote de Beaufighter parmi nous??? Fowly aura du boulot dès son retour. Après une rapide visite des lieux, je conduis Kasey au cantonnement des sous-officiers. Il partagera sa chambre avec Snake. Nous sommes le 28 avril, dans moins de 2 jours, l'escadrille sera à nouveau au complet. Je retrouve avec plaisir Fowly, Ejybe et Archy qui m'apprend que le père de William qui servait comme officier supérieur sur le Prince of Wales, a été porté disparu dans le naufrage du cuirassé, coulé le 10 décembre dernier par les Japonais, au large de Singapour. La débandade des alliés dans le Pacifique n'a pas facilité la transmission des informations et c'est seulement il y a quelques semaines que la mauvaise nouvelle est tombée. William a également été nommé Pilot Officer et il est devenu mon remplaçant dans le Flight Circus. Il arrive le 28 au soir au volant d'une impressionnante Bentley verte foncée. Cette une machine de course. Sous le capot ajouré et sanglé par des lanières en cuir, un gros moteur laisse apparaître ses flancs en aluminium brillant. Sur le côté droit, un énorme tube d'échappement démuni de silencieux court jusqu'à l'arrière de la voiture, alors que sur le côté droit, des trous laissent apparaître les entrées d'air des carburateurs. A l'avant, encadré par deux gros phares grillagés, un compresseur est visible. Bigre! L'engin doit être puissant. Après avoir parqué dans un crissement de pneus, il saute de son automobile et s'approche tout souriant son sac à effet à la main. Arborant ses nouveaux galons, il fait le tour de nous tous. - Bonjour Sir, je suis heureux de vous revoir! Alors, prêt à repartir? Archy lui rend son salut. - Bonjour William, sacré voiture que vous avez là! - C'est une Bentley Blower. 4.5 lt à compresseur, la même que celle qui a gagné au Man en '27 et en '30.. M. Bugatti disait à l'époque : Monsieur W.O Bentley construit les camions les plus rapides du monde... en 1930, j'y étais allé avec mon père, sacré souvenir! A ces mots, le visage d'Archy devient sombre. - Ah! Au fait, j'ai appris pour votre paternel William... je suis désolé. La mâchoire inférieure de William se crispa un peu. - Merci Sir... c'est la guerre. Mon père est mort pour son pays... il l'a défendu avec honneur et fierté jusqu'au bout. J'espère juste avoir un jour la chance d'aligner un de ces salauds de Japs dans le collimateur de mon Spitfire. Puis gêné par le ton utilisé peu en rapport avec son éducation, il tenta maladroitement de faire une boutade. - Et si vous montriez ma chambre maintenant hein! J'espère que vous vous rendez compte que dès ce soir je partagerai votre whisky! Archy sourit à son tour. - J'y compte bien! Puis se tournant vers moi. - Vas-y Harry montres lui ses cantonnements.
Le lendemain matin Fowly Ejybe et moi sommes convoqués par Archy. - Bien Messieurs, je pense que n'allons pas tarder à être au courant de notre future mission, Freeman se pointe ici à 14h00 pour nous briefer sur la suite.
A 14h00 pile, nous nous retrouvons dans le bureau d'Archy avec le vice Maréchal de l'air Wilfrid Freeman. Il est plutôt sympa et après avoir accroché son imperméable au patère, il accepte volontiers de partager un verre de whisky avec nous. - Messieurs, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Votre mission en Russie a été une réussite et n'est pas passée inaperçue dans le Haut Etat-Major. Vous êtes sans doute au courant de la débâcle de nos troupes en Asie du sud est et de la situation générale catastrophique dans le Pacifique. Les Américains reculent chaque jour et notre armée ne vaut guère mieux. En Birmanie, l'armée de Percival pourtant composée de plus de 130'000 hommes a été battue 50'000 soldats japonais, Singapour est tombé. La RAF équipée d'Hurricane et de Buffalo a été pratiquement décimée, les pertes sont énormes. Au Nord, Alexander a pu quitter Rangoon grâce à l'armée chinoise venue en renfort et actuellement il établi une ligne de front à Prome-Toungoo. Mais combien de temps tiendra t'il? A Ceylan, la situation est tout aussi dramatique, Somerville s'est replié avec sa flotte sur l'Afrique orientale. Et je ne parle même pas des Hollandais qui se sont fait massacrer à Java, Sumatra et au Timor. Si les Japonais continuent à ce rythme, dans moins de deux mois, ils seront à Melbourne.... Enfin, j'arrête là de peindre ce tableau noir ma présence ici n'est pas pour dresser un tableau dramatique de la situation là bas, mais bien de trouver des solutions pour y remédier. Freeman vide son verre d'un seul trait. Il poursuit: - Et la solution passe en partie par une bonne organisation aérienne et des escadrilles capables d'être autonomes et efficaces. Group Captain Archy, nous avons besoin de vous là bas!
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|  | | 615sqn_harry Wing Commander


Inscrit le : 26 Oct 2005 Messages : 5428 Localisation : Al Fayat
| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 19:56 | |
| Ces dernières semaines, nous avons profité du temps nécessaires au montage de nos appareils pour recevoir une formation spéciale de survie dans la jungle. Orientation à la montre ou à la boussole, utilisation des cartes, manière de se déplacer, reconnaître le terrain, comment se soigner, se nourrir ou trouver à boire, sont les principaux sujets de ces cours donnés par des anciens soldats de la compagnie des Indes. Nous touchons tous une tenue et du matériel adaptés à nos nouvelles conditions de combat. Le 03 avril 1943, le moteur du premier Spitfire codé KW-A, celui de notre Group Captain démarre. Nous partons enfin vers notre base. Nos casiers de rangement sont remplis avec nos affaires personnelles, j'en ai même sous les genoux. Devant nous, les Beaufighter qui vont dicter le rythme, lèvent des énormes nuages de poussières au décollage. Quelques minutes plus tard, tous les appareils sont en vol. Huit heures et une escale plus tard nous nous posons à Kohima qui est la base principale de ce secteur. En ce qui nous concerne, c'est à la base de Tamu que nous sommes affectés, située à quelques kilomètres de la frontière entre l'Inde et la Birmanie. Quarante minutes plus tard, nous survolons enfin la jungle. Sous mes ailes, défile un véritable tapis d'émeraude recouvrant des vallées et des montagnes. De temps en temps, la jungle est entrecoupé par les affluents du fleuve Chindwin ou par des tranchées tracées dans la végétation par les routes où apparaissent de temps à autres une colonne de camions ou de blindés britanniques. Il est tard dans l'après-midi lorsque nous arrivons en vue de Tamu. Construite de toutes pièces au milieu de la jungle, la base apparaît presque irréaliste. D'en haut, on aperçoit juste deux pistes tracées en croix au milieu d'un triangle de terre rougeâtre. L'approche est assez délicate car le arbres nous empêchent de faire une longue approche. L'angle d'arrivée est prononcé et il faut être attentif au décrochage. Une fois les roues sur le sol, il n'y a plus de difficultés car les pistes préparées pour recevoir des avions lourds, sont assez large et longues. Par contre, malgré l'installation de plaques d'acier perforées, l'avion est pas mal secoué. Bigre les atterrissages d'urgence risquent d'être épiques! Alors que je m'approche de l'endroit où Archy a immobilisé son Spitfire, j'aperçois des hommes torses nus gesticulant dans ma direction, en deux coups de gaz je m'approche de la place indiquée par ceux-ci. A peine l'hélice immobilisée, alors que je suis encore sanglé sur mon siège, ils empoignent fermement ma machine et la pousse dans un abri taillé à même la forêt tropicale. Lorsque j'ouvre mon canopy, je suis assailli par l'humidité et la chaleur. Des milliers d'insectes attirés par la chaleur de mon capot moteur se mettent à tourner autour de moi. Une effroyable odeur d'humus, de temps en temps entrecoupée de relent de cadavres, envahit mes sens. J'ai la nausée. Entre deux atterrissages, on perçoit de la jungle, la cacophonie bruyante des singes et autres oiseaux tropicaux. Sacré dépaysement! Lorsque je quitte enfin mon avion, je suis subjugué par l'état des hommes qui se trouvent ici. la plupart ne portent plus que des lambeaux d'uniforme, leurs corps sont maigres et marqués parfois par des blessures purulentes. Sur leurs visage fatigués, au détriment des conditions de vie et de combat très dures, se lit une abnégation que je n'avais jamais vu auparavant. Je n'ai pas le temps de me présenter, car déjà, ils courent vers les Spitfire suivant, ceux de William et René. J'ai presque honte de ma tenue neuve et propre. Je m'approche d'Archy qui a l'air tout autant estomaqué par ce spectacle. - Sacré merdier dans lequel ont vient de mettre les pieds Harry - Mmh, tu l'as dit! Bienvenue en enfer Archy! René nous a également rejoint, les mains sur les hanches, sans un mot il observe les yeux ronds, le ballet incessant des soldats courant sur la piste au milieu de la poussière, empoignant les avions et les tirant avec vigueur dans des abris rapidement recouverts de longues branches garnies de feuilles. L'homme au grade inconnu, peut-être un adjudant, qui commande la manœuvre donne des ordres brefs qui sont exécutés avec rapidité et efficacité. William et Rhamirez nous rejoignent à leur tour. Rhami en tenant un mouchoir devant son nez . - Ne me dites pas qu'on va rester dans cet enfer? Non mais vous avez senti ça? Mais qu'est-ce qui peut puer pareillement! C'est à vomir! - Tout le monde vomit les premiers jours, après on s'y fait! L'homme qui a parlé et qui nous rejoint, porte une chemise dont les manches ont été coupées, des shorts descendant jusqu'aux genoux et une paire de chaussures recouvertes de boue rougeâtre. A sa ceinture, outre une machette, la crosse d'un gros Colt américain apparaît. Il se présente: - Bonjour Messieurs, je suis le Pilot Officier David Gurnham, dernier officier et responsable du squadron 79. On vous attendait impatiemment, ces diables de japonais donnent pas mal de fil à retordre à nos Hurricane! A ces mots, René semble surpris: - Vous avez encore des Hurricane??? Et vous vous battez contre des chasseurs japonais. Gurnham ricane légèrement: - Hé hé! Des MkIIb et des MkIIc quand même. Mais bon, on évite au maximum les mauvaises rencontres avec la chasse japonaise et on s'occupe surtout d'objectifs au sol. Nos gars qui pataugent dans la jungle, ont vraiment besoin de notre appui, alors on est bien obligé d'y aller. Rhamirez qui est pâle et tient toujours son mouchoir sur le nez demande: - Dites-moi Gurnham, ce n'est quand même pas la jungle qui dégage une aussi effroyable odeur non? - Négatif Sir, ce que vous sentez là, provient des cadavres des soldats qui se sont battus ici il y a quelques semaines. Il y a encore dix jours des escouades de japonais faisaient des apparitions surprises... pas mal croupissent dans la végétation tout autour du camp! On essaye de donner une sépulture à nos soldats, mais bon, s'il fallait s'occuper des japonais on y serait encore. A ces mots, Yann Per se retourne rend le contenu de son estomac dans un bruit pas très ragoûtant. Tous les autres essayent de rester stoïques, mais le visage de la plupart d'entre-nous arbore une jolie teinte grisâtre. Pasadena essaye de détendre l'atmosphère et tape sur l'épaule du malheureux Yann. - Allez quoi, fais un effort, ça ne sent pas pire que tes sangliers ou les cerfs que tu vidais en Russie. A ces mots Yann, se retourne. - La ferme Pasa! J'en boufferais plus jamais! Archy prend les devants: - Bon et bien on ne va prendre racine ici hein! Allez Gurnham montrez-nous nos quartiers? La situation semble amuser notre compatriote. Tu parles, depuis qu'il est là, il a dû en voir d'autres. Nos quartiers, enfin si on peu appeler cela des quartiers, sont en fait des cabanes de bambous construites par des soldats birmans. Surélevées et réparties sous les arbres à proximité d'un petit cours d'eau, des hamacs nous servent de lit et nous profitons des nombreuses moustiquaires ramenées des Indes pour isoler les ouvertures des insectes. Elles seraient presque confortables s'il n'y avait pas toujours cette odeur de cadavre omniprésente. Le briefing room, l'armurie, la cuisine et le poste de commandement sont creusés à même la terre. Recouverts de panneaux de tôle ondulées et camouflés par la végétation, ils sont absolument invisibles depuis le ciel. Tous ces "locaux" sont reliés entre eux par un réseau de tranchées. En fait, petit à petit, nous découvrons que la base est plutôt bien organisée. De discrets miradors ou postes d'observation sont disséminés dans tout le secteur et permettent de se prémunir des actions de guerrilla menées par les Japs. Des passages séparés par des champs de mines tracent des chemins seulement connus de nos éclaireurs Gurkas ou Chindit guidant nos troupes de fantassins dans les méandres de la jungle inextricable. Les avions sont réparés à l'air libre. Bien à l'abri des frondaisons, un atelier a été construit en bambous et en tôle ondulée. A l'intérieur, les mécaniciens réparent et entretiennent des moteurs, des armes ou des éléments d'avions pas trop gros. Nos mécaniciens font rapidement connaissance avec eux. L'arrivée de pièces de rechange, d'outils et de mains d'œuvre supplémentaire est un véritable soulagement pour ces hommes qui travaillent dans des conditions très dures depuis plusieurs mois. La garnison est un mélange de soldats britanniques, birmans, népalais, indiens, australiens et néo-zélandais. Parmi les pilotes du 79ème, il y a quelques canadiens, on se demande comment ils ont pu atterrir dans un tel endroit, sinon tous les autres sont anglais. Ce groupe qui comprend encore 14 pilotes et 9 avions en état de vol, est sous les ordres du Pilote Officer Gurnham. Nous faisons également connaissance avec le commandant de la garnison, le Colonel Podfrouth. Le soir, nous prenons notre premier repas en compagnie des autres pilotes. C'est pour nous l'occasion de découvrir la cuisine birmane. En effet, il est difficile de faire venir des aliments depuis les Indes et surtout de les conserver. L'équipe de Gurnham et les soldats ont fini par accepter que se soient les birmans qui fassent la cuisine. Le cœur n'y est pas trop, mais la nourriture n'a finalement pas l'air trop mauvaise. On nous sert du riz fumé avec quelques morceaux de viande bœuf enrobés dans une espèce de pâte de cacahouète, le tout frit dans l'huile. Après une première sensation sucrée et le palais est ensuite emporté par la générosité des piments. Les premières bouchées nous emportent la gueule, mais une fois habitué c'est loin d'être mauvais, en plus, il paraitrait que ça tue les microbes. Pour ce qui est de la boisson, il est hors de question que l'eau soit bue sans être traitée. Il est impératif qu'elle soit longuement cuite et purifiée au moyen de pastilles. Le goût est tellement dégueulasse qu'il n'y a qu'avec du thé que ça passe. Sinon on nous sert également... de la bière! En effet, c'est le seul moyen de boire quelque chose de frais sans risquer d'avoir de gros problèmes d'estomac. Simplement, il est interdit d'en consommer en dehors des heures de repas. La première nuit en hamac est pénible, les moustiques nous fichent la paix, mais avec le ramdam que mènent les animaux nocturnes et la chaleur étouffante, nous avons tous de la peine à trouver le sommeil. Le lendemain, après un rapide breakfast, nous nous retrouvons au briefing room pour notre première mission. Notre officier de liaison le toujours fidèle lieutenant Williamson, reçoit régulièrement des messages radios lui transmettant la position des troupes ennemies. Des demandes d'appui peuvent aussi parvenir depuis le front. Nous devons jongler en fonction de l'urgence! Nous apprenons que nous ne sommes pas seuls dans cette galère. En effet, depuis le nord est, les américains, appuyés par les chinois et soutenu par les légendaires AVG et leur P40, ont entamé une grosse offensive. La fameuse route de Birmanie est sous le feu incessant de l'USAAF et leur armée fait route vers Myitkyina. Nos troupes progressant par l'ouest devraient pouvoir bientôt établir une jonction avec les américains. Cette nouvelle nous rempli d'espoir et un brouhaha rempli aussitôt la pièce. Archy qui aimerait poursuivre doit demander par trois fois le silence. Bien messieurs voici votre mission de ce jour... _________________
 "Jamais dans l'histoire, un si petit nombre d'hommes, n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre" W. Churchill |
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Inscrit le : 26 Oct 2005 Messages : 5428 Localisation : Al Fayat
| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:00 | |
| L'impact avait résonné avec une violence inouïe dans l'habitacle du Spitfire. Immédiatement, une épaisse fumée noire avait envahi le cockpit et des morceaux de tôle provenant probablement du capot avaient heurté l'avant du canopy. Alors que le moteur s'emballait, tout autour de l'avion des traçantes montants du sol encadraient l'avion. Abasourdi par l'explosion et la fumée, le Group Captain Archy, effectua machinalement les gestes d'urgence! Pas d'hélice 60%, trottle 50%, radiateur ouvert en grand, fermeture de l'oxygène et verrière légèrement entre ouverte pour évacuer la fumée. Au travers de ses yeux brouillés, il inspecta son tableau de bord. Dans presque tous les cadrans, les aiguilles semblaient imperturbables. Seules celle de la pression d'huile et celle de la pression d'admission avaient chuté. Tout se passait comme dans un rêve sans stress. Voilà plusieurs semaines que les longs vols au dessus de la jungle, les atterrissages risqués sur Tamu, les attaques d'objectifs cachés par la végétation mettant les avions à la merci de la DCA légère. La fatigue due à la dysenterie et les carences alimentaires minaient petit à petit le moral des pilotes du 615. Archy s'efforçait de maintenir une certaine pression pour les motiver, mais à force, il était devenu lui-même usé. Dans ses écouteurs, il réalisa que quelqu'un l'appelait. - Red deux à Red un! Vous m'entendez? La voix dans le vague, Archy répondit - Red un à Red deux! Je suis ok, mais mon moteur est HS et ne va tarder à rendre l'âme! Je fais route vers nos lignes et je m'éjecterai le plus tard possible. Evacuer son avion derrière les lignes ennemies... la pire situation que tout pilote redoute le plus ici en Asie du Sud-Est. Et cette fois-ci s'était son tour. Après 1h30 de vol en plein territoire occupé par les japonais pour escorter les Beaufighter, il était à des centaines de km de la ligne de front! Archy vivait cette situation dans un état second. Il cherchait à ajouter quelques chose dans sa sacoche de survie, il avait encore le temps. Mais celle-ci était complète. le cockpit de KW-A, son fidèle Spitfire depuis maintenant deux mois était vide. C'était la procédure; ne rien laisser aux Japonais qui puissent leur servir contre notre propre armée. En cas de coup dur en territoire ennemi, ne jamais tenter de poser son appareil sur le ventre, toujours s'éjecter afin qu'il soit détruit! Il vérifia les sangles de son parachute! Est-ce qu'il n'avait pas moisi avec ce taux d'humidité infernal? Quand l'avait-il plié? Mentalement Archy se remémora cette phase vécue... il y avait au moins deux mois, peu avant qu'il ne décolle vers Tamu. Le moteur fumait moins maintenant, probablement qu'il n'avait plus d'huile à brûler, il jeta un oeil au cadran de pression... effectivement celui-ci indiquait encore 5 Plsi. Sans lubrifiant, le moteur qui peinait de plus en plus, n'allait pas tarder à serrer. Alors que les Spitfire des groupes Blue et Yellow poursuivaient avec les Beaufighter, les trois appareils du groupe Red couvraient leur camarade comme le voulait la procédure. Probablement que son ailier Moyus était entrain de calculer leur route au plus près et qu'il allait noter précisément le point de son éjection... mais à quoi bon, tout le monde savait qu'un pilote éjecté loin derrière ses lignes était livré à lui-même. Il était impossible à un avion de secours de trouver un endroit où se poser dans cet enfer vert. De même qu'aucune colonne de secours ne s'aventurerait si loin en pleine zone tenue par des milliers de soldats japonais. Il fut presque surpris par l'arrêt brusque du moteur. Devant lui, l'hélice maintenant immobile dans l'air le fascinait, machinalement il actionna la commande pour la mettre en drapeau. Le sifflement de l'air dans les pales s'arrêta instantanément. Seul dans le silence de son oiseau de feu qui maintenant planait à 3000 mètres d'altitude, il eu brusquement envie de se laisser aller, d'en finir avec ces trois ans de guerre qui l'avait usé. Il imagina la mort comme un coton ouateux où il se laisserait aller. Les choses se passeraient très vite, l'avion piquerais, prendrais de la vitesse, puis les arbres, le choc et le voile noir, fini, il irait rejoindre les déjà trop nombreux morts de cette foutue guerre qui n'en finissait plus. - Red deux à Red un! tout va bien, nous sommes à 2000 mètres, je pense qu'il serait temps de sauter maintenant. Mais Archy ne répondait pas, la tête légèrement penchée à l'extérieur, il contemplait la géographie particulière de la jungle birmane, faite de collines, de montagnes et de profondes vallées partagées par des cours d'eau, qui s'étalaient sous ses ailes. A quoi bon sauter pour tomber là-dedans. Si les Japs ne le font pas prisonnier, il finirait bouffé par un tigre, mordu par un serpent venimeux ou terrassé par la malaria! la voix stressée de Moyus raisonna une nouvelle fois. - Sir, pour l'amour de Dieux, éjectez-vous! Vous êtes bientôt à l'altitude critique! Sir! Que se passe t'il? En dessus de lui, les trois Spitfire volaient au ralenti les ailes battant nerveusement dans l'air moite. Alors que 1000 mètres en-dessous, la cime des arbres défilaient à plus de 350 km/h, Archy eu devant ses yeux la vision furtive de sa mère, de son père, son regard sévère qui semblait lui dire: "Imbécile! C'est toi qui t'es mis dans cette béchamel! c'est toi qui voulais à tout prix devenir pilote! _________________
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Dernière édition par le Jeu 27 Oct - 20:01, édité 1 fois |
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Inscrit le : 26 Oct 2005 Messages : 5428 Localisation : Al Fayat
| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:01 | |
| Assumes ta décision maintenant! C'est trop facile de mourir comme ça! Allez espèce d'idiot saute!" Comme un oiseau qui va mourir en regardant une dernière fois le soleil, le Spitfire se cabra une dernière fois vers le ciel, bascula sur l'aile gauche, et sans adieu pour ses camarades, Archy, décrocha son harnais. D'un coup sec, il se poussa des pieds contre le tableau de bord et chuta dans le vide. Quelques secondes plus tard, sa main agrippa la poignée d'ouverture et les sangles tendues contre son corps lui indiquèrent qu'il était suspendu à son parachute. Un regard en l'air, la corolle blanche avait quelques auréoles noires probablement dues à du moisi, mais elle semblait tenir bon. Il jeta un dernier regard à son chasseur qui tombait étrennant derrière lui un léger voile de fumée grise. Lorsqu'il heurta le sol, l'avion disparu brusquement dans la végétation, comme s'il avait été englouti par un monstre. Ni fumée, ni trace d'impact n'était visible. D'en haut, rien ne laissait apparaître le lieu du crash. Au-dessus de lui, ces trois coéquipiers continuaient de tourner. Qu'attendaient-ils pour s'en aller! Ils allaient finir par le faire repérer! Il leur fit signe, mais les trois chasseurs continuaient de tourner autour de lui. Il regarda vers le sol, la végétation lui paru moins dense. Lorsqu'il arriva à la hauteur de la première cime, il tenta tant bien que mal de s'agripper aux branches qui passaient à sa hauteur, puis son parachute s'accrocha et il resta instant suspendu, balançant dans le vide. Il attrapa la branche la plus proche et il après avoir dégrafé les sangles de son parachute il progressa prudemment en ahanant à demi-couché jusqu'au tronc couvert de mousse contre lequel il s'appuya pour reprendre son souffle. Les Spitfire avaient pris un cap retour et bientôt il ne les entendait plus. Ca y est, il était seul, au milieu de rien assis à une bonne trentaine de mètres du sol. Ses esprits retrouvés, il constata que l'arbre en question était couvert de magnifiques fleurs fuchsias répandant un parfum exquis. Sans se préoccuper de sa présence, des centaines d'oiseaux multicolores lui tournaient autour, virevoltant d'une branche à l'autre. Un instant il resta étonné du spectacle qui lui était offert, bien loin de l'image habituelle qu'il avait de la jungle. Il resta ainsi un moment immobile à observer le manège des volatiles et des insectes qui butinaient dans les grandes fleurs. Il finit par se lever et en équilibre sur la branche qui l'avait accueillie, il s'employa à décrocher son parachute qui risquait de le faire repérer depuis le ciel. Chacun de ses gestes faisait trembler les branches effrayant des nuées d'oiseaux. Finalement, transpirant, soufflant gras, Archy réussit à décrocher la corolle et à la ramener à lui. Debout sur la branche, il chercha alors à s'orienter. Il constata que l'arbre sur lequel il était se trouvait sur une crête. Au nord et au sud, le tapis vert de la jungle s'étendait à perte de vue. Il se rassied un instant pour faire l'inventaire de sa sacoche de survie, il y trouva une boussole, de la Pénicilline, du charbon pour la dysenterie, des tablettes de purification pour l'eau, des cartes, un papier expliquant dans le dialecte birman le plus courant qu'il devait être conduit au poste britannique le plus proche et des barrettes énergétiques composées de sang de bœuf séché et de malt. La plupart des pilotes avaient l'habitude d'y ajouter des affaires personnels et il n'avait pas dérogé à la règle, ainsi sur conseils d'officiers de l'armée de terre rompus à la guérilla dans la jungle, il y avait ajouté, un hamac tressé en cordelettes de chanvre, une paire de jumelles, une boite de cartouches cal. 454 pour son revolver Webley, une topette de Pur Malt, des allumettes, un peu de sel et de poivre, une bouteille d'alcool à 90°, des pansements, une petite pierre à affûter, un poignard qu'il fixa à la ceinture et une machette Gurkha. Il contrôla son arme, s'assura qu'elle était bien chargée et s'affaira ensuite à descendre jusque sur le sol. Un fois à terre, il cacha son parachute sous des fourrés et s'orienta au moyen de sa boussole. Il étala sa carte et chercha à se positionner. D'après ses calculs, le tracé suivit par l'escadrille, il estima sa position à environ 250 km au sud de Monywa où il savait que les britanniques avaient établi une tête de pont. En effet, la crête sur laquelle il était, surplombait la région ce qui lui donnait la possibilité d'identifier des repères assez facilement. Il attacha correctement ses chaussures, sangla la sacoche au plus près du corps et pris la direction de l'endroit qui lui paraissait le moins accidenté. Alors qu'il venait de parcourir quelques centaines de mètres, il se dit que finalement, il avait peu de chance de rencontrer les Japonais dans l'immensité végétale qui s'étalait devant lui à perte de vue. Ensuite, 250 km, c'est long mais pas impossible à faire, ceci d'autant plus qu'il y avait des chances que le front évolue dans sa direction. Son moral, fut tout à coup meilleur et il se dirigea vers zone peu boisée située au nord est. Il espérait ainsi éviter le plus possible la jungle et traverser la vallée plus rapidement. En moins de 3 heures, il avait atteint l'endroit qui s'avéra être une terrasse rocheuse en surplomb au-dessus d'une immense vallée entrecoupée de rivières. Le nuit tombait gentiment, et Archy estima qu'il était temps de s'installer pour la nuit. Il réuni un peu de bois pour faire un feu, puis, avant de l'allumer. Il se ravisa et décida de profiter de la lumière du jour pour installer son hamac. Il trouva un arbre aux branches assez basses auxquelles il s'agrippa. Arrivé à une hauteur de 15 mètres environ, il installa son lit de fortune en l'attachant solidement entre deux grosses branches. Alors qu'il allait redescendre pour récupérer son sac resté au pied de l'arbre, recouvrant le cacophonie habituelle des singes et autres oiseaux, il entendit un bruit de moteur au loin. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait d'un avion mais pour le moment, il n'arrivait pas à déterminer la direction de celui-ci. L'appareil se rapprochait, Archy se camoufla du mieux qu'il pouvait dans les frondaisons. Ce n'est pas un avion anglais, il en était sûr, peut-être un américain, mais il était loin de ses lignes et l'altitude rudement basse pour effectuer une reconnaissance. Bientôt l'Oscar fit son apparition. Depuis son promontoire, Archy put apercevoir les hinomarus encadrés de blanc, orner les flancs et les ailes du chasseur japonais. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:02 | |
| L'avion passa à peine à 50 mètres au dessus de lui, train et volets sortis, il allait se poser. Il se dirigeait maintenant vers la grande vallée. Archy descendit rapidement, pris ses jumelles et accroupis sur le bord, pour essayer de repérer l'avion qui dans la pénombre, s'éloignait toujours. Un fusée éclairante verte éclaira un instant le ciel au loin. Il braqua ses lunettes dans ce secteur, mais ne vit rien à cause de la nuit tombante. Il respira un grand coup, éparpilla les quelques branches qu'il avait auparavant réuni pour faire un feu et se félicita d'avoir voulu d'abord installer son hamac. Empoignant son sac, il s'installa le mieux possible pour la nuit. Une fois allongé, terrassé par la fatigue, il s'endormi rapidement dans un sommeil profond que des animaux nocturnes ne vinrent pas troubler. Il se réveilla avec les premiers rayons du soleil, au moment où il ouvrit les yeux, il eu le sentiment d'être observé. Non loin de lui, un macaque au museau malicieux le regardait l'air curieux! Archy rigola à sa vue: - Salut toi, tu sais que tu as une bonne tête toi. Le petit animal fit quelques bonds pour s'éloigner mais curieux il resta à proximité. Plus haut dans l'arbre, il y en avait d'autres ainsi que des singes plus grands, des Gibbons communiquant entre eux par cris stridents. Archy démonta son hamac et quitta son perchoir. La vallée était maintenant illuminée par le soleil levant, Munit de ses jumelles Archy fouilla la verdure dans le secteur où l'avion japonais avait disparu. Il mit quelques minutes à apercevoir un mirador, puis un deuxième. Il parvint à situer plus ou moins l'emplacement d'une base qu'il reporta sur sa carte en faisant une marque avec un bout de charbon. Il repris sa marche vers le nord et se donna comme but d'atteindre le sommet de la colline en face de lui avant la fin de la journée. Mais pour cela il devait traverser une bande de forêt tropicale traversée par un petit cours d'eau. Au fur et à mesure qu'il pénétrait plus profondément dans la jungle, sa progression devenait de plus en plus difficile. La rivière se perdait en petits méandres au pied des arbres immenses et rendait le sol marécageux par endroit. Il marchait de racines en pierres, mais parfois son pied glissait et sa jambe s'enfonçait jusqu'à mi-cuisse dans l'humus spongieux. A chaque fois, il se débattait pour s'extirper de la gangue argileuse. De la main droite emballée dans une bande tissus, il tenait la machette qui tranchante comme un rasoir lui permettait de se frayer un chemin au travers de la dense végétation. Soufflant, transpirant dans la moiteur Archy avançait péniblement. De temps en temps, il jetait un oeil à sa boussole pour s'assurer de son cap. Vers midi, il s'arrêta pour remplir sa gourde en cuir dans la rivière. Il traita l'eau avec une pastille et 15 minutes plus tard, en bu une grande rasade. Il mangea également une barre énergétique. Alors qu'il mâchait le magma de sang séché et de malt, il se dit que cela ne suffirait pas pour tenir et qu'il devrait bientôt trouver quelque chose d'autres pour se nourrir. Il regarda en l'air les singes qui batifolaient insouciants dans les arbres. Non, il ne se voyait pas en abattre un pour le manger. Il repris sa marche en direction nord. Malgré la bande de protection, sa main droite était en sang. Il avait bien emballé la main gauche aussi, mais il était maladroit et moins efficace. Les muscles tétanisés par l'effort, il poursuivait. Immédiatement derrière lui, la jungle se refermait rendant son passage invisible. Archy essayait de réprimer le sentiment d'étouffer et inlassablement, insensible à ses mains blessées, la machette s'abattait, parfois glissait dangereusement en direction de ses jambes ou ses pieds. La nuit commençait de tomber et il était toujours enchevêtré dans la végétation luxuriante. Il ne voulait pas passer la nuit là et tout en vérifiant périodiquement sa boussole il redoubla d'efforts. L'espoir revint car le terrain remontait maintenant. D'après ce qu'il avait pu voir le matin, il ne devait plus être loin de la colline et de la zone plus dégagée. Ponctuant chacun de ses gestes par un cri d'encouragement, il progressa encore, il ressentait chaque battement de cœur dans ses tempes, la tête lui faisait mal maintenant! Lorsqu'il déboucha enfin de la forêt, épuisé, il se laissa tomber à genoux et resta ainsi une bonne quinzaine de minutes à récupérer, appuyé sur sa machette. Lentement, il s'approcha du sommet et s'assied dans le creux formé par une branche basse. Malgré le soleil maintenant très bas dans le ciel, il vit à quelques encablures, l'endroit où il se trouvait le matin même. A vol d'oiseaux il devait être à trois kilomètres maximum. Il dû s'accrocher pour ne pas se laisser aller. Il commençait d'avoir vraiment faim et engloutit la deuxième barrette de malt de la journée. Une rasade whisky lui fit tourner la tête alors qu'il souffrait déjà depuis le matin et regretta rapidement son geste. Il prit une pastille de Pénicilline et but de grosses gorgées d'eau. Il s'efforça de grimper sur le premier arbre accessible pour installer son hamac. Alors qu'il allait se coucher, il remarqua que ses jambes étaient couvertes de sangsues! Muni de son poignard, grimaçant, il les enleva une à une laissant à chaque fois une plaie ouverte que tremblant il s'efforça de désinfecter avec un morceau de pansement imbibé d'alcool pur qui lui arracha un cris au premier contact. Heureusement son mal de tête se dissipait, il avait déjà peur d'être atteint du paludisme. Le ventre creux, les jambes et les mains douloureuses, il s'endormit difficilement. Le lendemain matin, il se leva péniblement la bouche pâteuse et les muscles douloureux. Après avoir détaché son hamac il descendit de son arbre. En guise de petit déjeuner, il but un peu d'eau. Il étudia la configuration du terrain et décida de ne pas répéter l'expérience de la journée précédente. Il allait éviter le plus possible de s'enfoncer dans la jungle et tenter de progresser par les crêtes des collines moins boisées, même si celles-ci ne lui permettent pas toujours de cheminer vers le nord, il perdra moins de temps à parcourir 10 kilomètres à l'est et l'ouest pour reprendre vers le nord plus loin que de tenter d'absolument couper au travers de la jungle. Il se dirigea donc plein ouest et progressa effectivement beaucoup plus vite. Il eu également le plaisir de constater qu'au fils des kilomètres il déviait vers le nord. Une fois les muscles plus chauds, les douleurs s'estompaient. Les plaies dans ses mains qui n'étaient plus sollicitées, se cicatrisaient lentement. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:02 | |
| De temps en temps, il buvait de l'eau pour rester hydraté mais la faim se faisait de plus en plus tenace. Il fallait qu'il trouve une solution. Vers la fin de l'après-midi, il aperçu au bas de la côte une petite rivière. Il décida d'aller y bivouaquer. Une petite crique bordée par des rochers plats apparu au détour d'un affluent. L'endroit idéal se dit Archy. Les eaux tranquilles avaient l'air poissonneuse, il décida de tenter de capturer un poisson. Il pénétra dans l'eau jusqu'au genoux et tenta plusieurs fois infructueusement de pêcher à mains nues. Il finit par utiliser sa chemise pour fabriquer une espèce d'épuisette attachée avec trois branches. Sans bouger, il laissa sa chemise ainsi immergée jusqu'à ce qu'un gros poisson brun vienne nager passe juste en dessus de son piège. Il remonta doucement et referma son piège artisanal au dernier moment. Ca y est il en avait pris un. Il estima avoir à faire à une espèce de carpe. Un peu plus tard, il s'était résigné à prendre le risque de faire un feu pour cuir sa prise sur un pierre plate. Il profita du sel et du poivre pour l'assaisonner légèrement et dégusta le poisson dont la chair s'avéra finalement pas mauvaise. Il trouva non loin un arbre assez haut et s'installa pour la nuit. Bercé par le clapotis de l'eau il trouva rapidement le sommeil. Soudainement, dans son sommeil, il eu le sentiment que quelque chose bougeait en dessous de lui. Doucement il se retourna, et tenta de percer l'obscurité. Lorsque ses yeux furent habitués à la pénombre, il aperçu deux grosses masses, il reconnu des espèce de bovins au dos bossu qui s'abreuvaient à la crique. Soudainement, l'un des gros herbivore tressailli, Archy qui était resté silencieux, et qui se trouvaie une dizaine de mètres plus haut, pensa que les animaux l'avaient repéré. Tout ce passa très rapidement, une forme allongée jailli de la forêt dans un rugissement, elle se précipita sur l'une des bêtes qui meugla. En quelques secondes, la masse s'effondra terrassée. Un tigre du Bengale, dans les quelques reflets diffusé par la lune, le pilote anglais qui avait maintenant son Webley en main, pouvait apercevoir le dos orange lézardé de noir du plus gros prédateur de la jungle birmane. L'animal se mis à dévorer sa proie. Archy resta immobile, les yeux rivés sur le tigre dont il voyait de temps en temps le pupilles vertes brillées dans sa direction. Probablement que le félin l'avait repéré, mais pour le moment il continuait d'arracher des morceaux de viande sans trop se préoccuper de sa présence. Le manège dura ainsi une bonne heure, puis soudainement, le tigre s'éloigna en direction de la forêt. Archy se maudit intérieurement, lors des quelques cours de survie qu'on leur avait dispensé avant leur départ, c'est l'une des première chose qu'on leur avait appris, ne pas bivouaquer ou rester à proximité de points d'eau le soir. Il passa une nuit blanche à surveiller les alentours, mais à part quelques charognards, venus se servir sur les restes abandonnés par le félin, le danger semblait éloigné. Le matin, la crique était déserte. Il grimpa au sommet de l'arbre pour essayer de s'orienter. Il aperçu au loin une montagne dont la chaîne s'estompait avec le ciel vers le nord. Le problème c'est qu'avant de l'atteindre, il devait parcourir au moins une dizaine de kilomètres au travers de la jungle. Il pouvait gagner du temps en empruntant le cours d'eau sur plusieurs kilomètres et ensuite rejoindre la montagne en prenant plein nord. De plus, l'expérience de la nuit précédente ne lui donnait pas trop envie de reprendre sa route dans la même direction que le tigre. Une fois au sol, il s'assura d'avoir son revolver bien à portée de main. Péniblement, il coupa plusieurs bambous pour en faire un fagot creux en son milieu, qu'il attacha tant bien que mal avec des lianes pour en faire un espèce de radeau. Il coupa deux longue tiges de bambou qui lui serviront de gaffe pour le diriger. En effet, le courant allant dans le bon sens, il l'emportera et il peut ainsi se passer de rames. Archy poussa son embarcation dans la crique et constat que celle-ci était assez stable et qu'il pouvait même rester debout. Il avait enlevé ses chaussures et les avaient attachées ensemble au moyen des lacets pour les suspendre autour de son cou. Il sangla sa sacoche, qu'il ferma soigneusement s'installa sur son radeau et quitta la crique en se poussant avec sa gaffe. Une fois dans le courant, il dû rapidement se résigner à s'agenouiller, car son embarcation de fortune avait tendance à tourner sur elle-même. Néanmoins il avait la satisfaction de faire de l'avance et au fil des heures, il voyait son but approcher. Plusieurs affluents se présentèrent à lui, mais tant que celui sur lequel il se trouvait se dirigeait vers la montagne il décida d'y rester. A un moment donné, la rivière s'élargit pour se devenir une grand étendue d'eau. Archy longea le bord, une mangrove qui en la suivant lui permettrait de rejoindre une petite plage caillouteuse. Alors qu'il s'en approchait, il aperçu plusieurs formes qui bougeaient. Au moyen de ses jumelles, il remarqua avec horreur que la berge était occupée par plusieurs crocodiles au long nez fin, des Gavials. Certains faisaient plusieurs mètres de long. il constat également que certain de ces reptiles évoluaient dans l'eau. Après un instant de découragement, il décida d'accoster dans la mangrove. Il aperçu plus loin un rocher où il lui serait certainement possible de prendre pied. Se poussant avec sa gaffe, il s'approcha de la pierre recouverte de mousse. S'agrippant aux racines, il grimpa dessus et s'assied un moment pour analyser la situation. Il regarda avec regret son embarcation de bambous s'éloigner au fil du courant. De l'autre côté, l'enchevêtrement de racines et de lianes s'enfonçant dans l'eau n'avait pas du tout l'air accueillant. Il aperçu un serpent aquatique filant dans l'eau en ondulant. Il chercha quel chemin il pouvait prendre sans mettre un pied dans l'eau. Se tenant au liane, se faufilant entre les plantes entremêlée, coupant ce qui était nécessaire avec sa machette, il passa d'arbre en arbre et arriva finalement dans un endroit marécageux mais où la végétation était plus espacée. Il dû encore marcher une bonne trentaine de mètres dans la glaise pour enfin accéder à un terrain plus ferme. Des sangsues avaient profités pour à nouveau s'installer sur ces jambes et il dû à nouveau jouer du poignard pour les enlever. Une fois soigné, il mangea sa dernière barrette énergétique et bu de l'eau. Il estima la distance qui le séparait de la montagne qui recouverte de longs pans de roches semblait plus facile pour marcher. Le pied de la pente était recouvert de verdure qui s'espaçait pour se transformer plus haut en en gros pierrier. Alors qu'il cheminait d'un bon pas, les yeux rivés sur le sommet, il aperçu un gavial d'au moins trois mètres qui lui barrait le chemin.L'animal le regardait placidement. Archy senti la colère lui monter au visage. Il parla seul: "Encore!!! Mais vous commencez gentiment de me courir sur les nerfs les prédateurs là! Après un tigre maintenant des crocodiles! Faites chier BORDEL!" empoignant un longue branche il s'approcha du reptile et lui frappa plusieurs fois sur la tête. "Allez fout moi le camp saloperie de bestiole, dégages ou je te colle un pruneau!" Probablement surpris par ce bipèdes aux réactions inhabituelles, le crocodile fit demi tour et fila en se dandinant vers l'eau. Archy hurla encore une fois dans sa direction et lança le bâton de rage. Il repris son chemin vers le sommet. Un peu plus loin il découvrit un arbre portant de gros fruits verts. Des avocats, il en cueilli un s'assura qu'il s'agissait bien du fruit en question et le goûta. La chair n'était pas très parfumée, mais elle avait l'avantage de lui remplir l'estomac. Il mangea la pulpe de quatre fruits à la suite. Il en ramassa ensuite qu'il mit dans son sac. Il trouva également des bananes qu'il dégusta avec délice. Il en pris également quelques unes avec lui... _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:04 | |
| Voilà une bonne journée qu'Archy crapahutait dans les rochers et cherchait à atteindre le sommet. Vu d'en bas, le pierrier semblait beaucoup plus accessible, mais une fois sur place, les rochers étaient souvent plus gros. En plus, la pente était bien plus raide que prévue et une cinquantaine de mètres plus haut c'était carrément une paroi qu'il allait devoir gravir. Son premier réflexe fut de redescendre et de chercher un autre passage, mais il se rendait compte que la journée était bien avancée et qu'il allait devoir bientôt trouver un endroit pour dormir. Il avait repéré un petit surplomb qui devait lui permettre de s'installer et il s'était donné comme but, de l'atteindre avant la tombée de la nuit. Il y arriva enfin. Le rocher était plat et tiède. Il n'avait pas moyen d'installer son hamac, mais en calant sa tête contre son sac, il avait réussi à créer un semblant de couche. De plus à cet endroit, il risquait peu de rencontrer un fauve ou autre animal indésirable. Voilà douze jours qu'il avançait tant bien que mal à travers la jungle. il avait réussi à se mettre en symbiose avec la nature et y trouvant de la nourriture. I lne s'offusquait plus lorsqu'il perdait du temps à franchir un obstacle, il prenait le temps d'étudier la meilleure solution avant de se lancer. Il avait acquis une certaine discipline. Il s'arrêtait 4 fois par jour, environ toutes les 3 heures. Il enlevait ses chaussures, les nettoyait s'il en avait la possibilité, soignait ses pieds et ses jambes. Lorsqu'il trouvait un point d'eau, il lavait ses affaires et lui même profitait de s'y baigner s'il n'y avait pas de danger. Il y a longtemps qu'il ne pouvait plus traiter l'eau, mais dans la montagne, celle qui coulait des torrents était pure. Le soir tombait, le soleil couchant avait pris une teinte rouge et assis sur son promontoire Archy la paix dans son cœur admirait le tapis de végétation qui s'étendait à ses pieds. Au loin, très haut une escadrille de bombardiers faisaient route vers le sud, probablement des Anglais ou des Américains, mais à quoi bon se faire du soucis! Même si par un miracle un observateur l'apercevait, qu'aurait-il pu faire? Archy découvrit qu'il n'était pas pressé de retrouver son unité. L'expérience difficile de la survie en milieu hostile lui paraissait ô combien moins dangereuse que d'affronter les Japonais. Non pas qu'il voulait déserter loin de là, mais il avait de vivre cette épreuve jusqu'au bout. Il était devenu fataliste, s'il devait mourir en Birmanie et bien tant pis, ainsi aura été son destin. Avec le temps, il avait appris à reconnaître certains arbres qui pouvait donner des fruits. Outre les bananes et les avocats, il avait découvert des papayes, un fruit jaune et sucré, pourtant mangé à bien des reprises à Tamu et de petits ananas au parfum très prononcé. Il avait également pêché quelques poissons qui amélioraient régulièrement son quotidien. Pour le moment, il n'avait pas pu se résoudre à abattre un animal avec son revolver. Non pas qu'il ait peur que le coup de feu alarme d'éventuelles patrouilles japonaises, mais il ne se sentait pas encore prêt à devoir vider et dépecer un animal pour finalement n'en manger qu'un petit bout. Aucun aliment frais ne tiendrait le coup avec cette chaleur et la viande serait en quelques heures, infectée de vermine. Tout en dégustant lentement un papaye et une banane, Archy attendit que le soleil est presque disparu derrière la cime des arbres avant de s'allonger pour la nuit. Le lendemain matin, il se leva, et repris son escalade vers le sommet. Il soupçonnait que le dernier bout était moins pentu car d'où il était, il apercevait quelques arbres et plante à grandes feuilles vertes qui dépassait du bord rocheux. Après quelques heures de grimpe, Il atteignit enfin l'endroit en question qui s'avérait être un grand plateau qui s'étendait à perte de vue. L'humidité moins importante et les vents plus frais qui soufflaient à cet endroit avaient rendu cet espace plus aride. Archy effectua une pause et mangea un ananas. Il décida qu'il était temps de faire le point, il sortit sa carte et essaya de se positionner. Il estima la distance parcourue depuis son crash à environ 100 km, maximum 120 km/h. Soit la moitié de ce qu'il le séparait des lignes anglaises. Il était certain que les troupes du Général Wingate avançaient et que la distance s'amenuisait de jours en jours. Devant lui le plateau s'étendait à perte de vue et la configuration du terrain, plus sec et à la végétation moins dense lui permettra de faire plus d'avance. Il affûta soigneusement sa machette Gurkhas et fit le décompte de la nourriture qui lui restait soit deux papayes, un avocat et deux bananes. Il rationna cette nourriture en quatre repas, avec l'espoir de trouver sur ces hauts plateaux des fruits frais. Il repris sa marche à une bon rythme et se surpris à siffler. Le moral était revenu, il allait se sortir de cette situation, il en était maintenant sûr. Il marcha jusqu'à ce qu'il tombe sur une chemin. D'abord, il n'y cru pas. Puis ensuite, il dû reconnaître que ce passage était dû à la main de l'homme. Dans une flaque de boue plus loin, il aperçu des traces de pneus. Mais il avait beau réfléchir, il ne se souvenait pas du profil des pneus anglais et il était totalement impossible de déterminer si ces traces avaient été laissées par une colonne britannique, américaine ou japonaise. La route traversait le plateau d'Est en Ouest. Même s'il doutait fort que l'infanterie anglaise ait pu faire autant d'avance en douze jours, il se décida de suivre cette route vers l'Ouest pendant au moins une journée. Sans se méfier la moins du monde il se mit à cheminer d'un bon pas. Quelques kilomètres plus tard, au détour d'un virage, il tomba nez à nez avec un camion japonais arrêté sur le bord de la route. Deux soldats étaient penchés dans le compartiment moteur alors qu'un troisième se tenait légèrement à l'écart. La surprise fut telle pour Archy qu'il fut incapable de faire le moindre geste. Le soldat japonais qui ne trafiquait pas le moteur l'aperçu également. Il l'observait les yeux ronds, se demandant d'où pouvait bien tomber cet hirsute personnage barbu et portant un uniforme en lambeau de la RAF. le soldat en question n'était pas armé, il se mit à gesticuler, les deux autres mirent quelques secondes à comprendre ce qui se passait. Archy avait l'impression de vivre une pièce de théâtre presque comique, les deux "mécaniciens" faisaient des sauts en se tenant la tête et en criant des "oh" et des "ah" ponctués de syllabes incompréhensibles. La bâche du camion se mit à bouger. trois soldats, alertés par leurs camarades sautèrent du véhicule. Ceux-là étaient armés de fusils et il ne tardèrent pas à les braquer contre le pilote anglais, qui cette fois sorti de sa torpeur et plongea dans le premier fourré venu. Alors que les balles se mettaient à siffler et ricocher dans les arbres, il couru de toutes ses jambes, en se maudissant lui même "Mais quel con, Mais quel con!". Il sprinta ainsi, sautant pour éviter les branches, trébuchant dans les trous pendant une bonne dizaine de minutes avant de décider de s'arrêter le souffle court. Il n'avait pas même pas sorti son revolver. à sa gauche, s'étendaient des broussailles serrées sur une très grande surface. Il plongea à l'intérieur rampant le plus silencieusement possible, s'arrêtant de temps en temps pour écouter. Il fini par entendre au loin des ordres donnés en japonais. Il trouva un gros tronc pourris sous lequel il s'enfonça le plus possible. Tenant son Webley d'une main ferme et son poignard de l'autre. Il entendit les soldats japonais se déployer. Ils devaient être beaucoup plus que ceux du camion, car il les entendait converser entre eux et d'après le bruit de pas, il estima l'escouade à au moins vingt hommes. Les Japonais ne semblaient pas vouloir s'éloigner il les entendait fouiller ici ou là. Mais il n'avait pas l'impression qu'ils le faisaient avec conviction. Il y eu bien quelques tentatives dans le tapis de verdure dans lequel il était caché, mais visiblement les nippons n'avaient guère envie de s'y aventurer. Archy pensa qu'il le prenait pour un éclaireur chindit ou gurkhas. Ces soldats redoutables d'origine indienne ou népalaise qui se battent pour l'Angleterre, connaissent parfaitement la jungle et mènent des actions de guérilla redoutées par l'armée japonaise. Malgré le silence, Archy ne pris pas le risque de quitter sa cachette et malgré le risque d'être mordu par un serpent ou une araignée il s'y endormi lorsque la nuit tomba. Le lendemain matin, heureusement n'y serpent, n'y mygale ou tarentule, mais des fourmis l'avaient piqué à de multiples endroit du corps. Il se redressa doucement attendit encore un instant et quitta enfin sa cachette. Il se déshabilla pour secouer ses habits des insectes précités. Il avait la peau brûlante à de multiples endroits et il eu bien de la peine à reprendre sa route vers le nord. Sa fuite l'avait porté beaucoup trop vers l'ouest et il dû revenir sur ses pas pour retrouver le plateau. La route semblait à nouveau déserte, mais des traces de pneus récentes, démontraient que des véhicules y passaient régulièrement. Archy la laissa derrière lui et souffrant des piqûres de fourmis repris son cap plein nord. Heureusement, il trouva un arbre à papaye et pu refaire quelques provisions. Il marcha ainsi toujours plein nord pendant les trois jours suivants. De temps en temps, il essayait de se positionner mais les cartes n'étaient pas très précises, notamment au niveau des dénivellations. Rien de ce qu'il avait sous les yeux ne lui permettait de retrouver le haut plateau sur lequel il cheminait maintenant depuis cinq jours. Même si les brûlures s'étaient petit à petit estompées, son moral en prenait un coup. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:05 | |
| Ce terrain plat ne lui permettait pas de s'orienter et il décida de grimper sur le plus haut arbre qu'il trouvait. Il finit par repérer une cime plus haute que les autres et s'affaira à grimper sur l'arbre en question. En haut, la situation ne fut pas meilleure. A sa droite, vers l'Ouest le terrain descendait en pente douce avant de disparaître de manière abrupte à quelques kilomètres probablement dans une vallée. A droite, sur l'Est le plateau s'étendait à perte de vue. Il en était de même vers le sud, et vers le nord. Par contre, il aperçu au loin un rocher à la forme bizarre qu'il observa avec ses jumelles. Cette énorme bloc paraissait un peu trop cunéiforme pour être naturel. Il décida d'aller le voir de plus près. Après une bonne heure de marche, il découvrit que le rocher en question, était un statue représentant une espèce divinité au visage grimaçant. En n'en faisant le tour, il trouva d'autre statue plus petites, certaines représentait des Bouddha. Un sentier semblait se perdre dans la forêt. Il se décida de le suivre en prenant un maximum de précaution. Après une demi-heure de marche, alors qu'il allait faire demi tour. Le bruit caractéristique d'une chute d'eau attira son attention. Il continua de suivre le sentier pour arriver au bord du plateau. La cassure était moins importante qu'il ne le supposait et il découvrit une nouveau plateau une centaine de mètres plus bas. Le sentier descendait la pente et plus loin, alors que le bruit de la cataracte se faisait de plus en plus présent, il découvrit des escaliers et d'autres Bouddha. Prudemment, son revolver à la main, il emprunta l'escalier et après une dizaine de minutes, il déboucha sur le plateau, au pied duquel s'étendait un petit lac alimenté par une chute d'eau. Derrière, il aperçu un petit temple, l'endroit était tout simplement paradisiaque. Archy fit le tour du secteur tout en évitant prudemment d'entrer dans le temple dont les nombreuses divinités grimaçantes sculptées à même le mur étaient assez inquiétante. Comme le soir tombait, il décida de dormir dans le coin. Le petit lac avait également l'air bien poissonneux car de gros poisson ressemblant à des truites y nageaient doucement. Il enleva son pantalon, profita de le laver dans l'eau fraîche ainsi que le reste des ses habits et ses chaussures. Il profita de faire quelques brasses et plongea à plusieurs reprises depuis le bord profitant de cette fraîcheur pour se refaire une santé. "Un vrai bain de jouvence" si dit-il. Pourtant après quelques minutes il eu le sentiment d'être observé et s'approcha ostensiblement de ses affaires et de son arme qu'il avait volontairement laissée non loin de lui. D'un geste rapide, il l'empoigna et se retourna, braquant sont Webley sur la berge opposée. Il y découvrit une femme birmane qui l'observait. Il resta un moment interdit, puis après avoir observé les alentours, il réalisa qu'elle était seule et ne présentait certainement pas grand danger. Il la regarda plus attentivement, elle était d'une grand beauté. Ses cheveux noirs comme du jais étaient enroulés dans une espèce de coiffe en tissus orange, et elle avait de grands yeux noir. Un mélange entre Chine et Indes se dit Archy. Elle portait une longue robe jaune et orange. Archy gêné par sa nudité qui ne semblait pas offusquer la femme, essaya tant bien que mal de quitter le bassin avec le plus de pudeur possible. Il se tortilla ainsi sur le rocher avec pour seul habillement sa main, s'aidant de l'autre pour sortir de l'eau. La femme se mit à rire et en quelques pas souples et précis le rejoint et lui tendit la main pour l'aider. Une fois sur la berge, elle lui tendit ses sous-vêtements, son pantalon encore mouillé et sa chemise. Le dos tourné, Archy s'empressa de s'habiller. Une fois vêtu plus décemment, il se retourna et parla à la femme: - Je m'appelle Archy... Archibald Nowik! Je suis ... Il hésita puis se ravisa... - Je suis anglais. Moi aviateur... brouuuum.... puis tacatacatac japonais.... avion boum.... dans jungle! La femme sourit gentiment. Il se précipita vers son sac et en sorti la carte destinée aux indigènes. En lui tendant, il ne put s'empêcher de penser: Dieux qu'elle est belle. Contrairement aux birmanes qu'il avait pu croiser, elle n'était pas petite et râblée, mais avait un corps fin soutenu par deux longues jambes parfaites qui apparaissaient de temps à autre par les fentes de sa robe de soie. Il devinait sous son bustier en soie, une poitrine ferme et pas trop volumineuse. Elle avait une peau légèrement halée et mat, ses hanches magnifiques se prolongeaient sur sa croupe dans un dessin harmonieux. Archy dû avaler sa salive. - Group Captain Nowik? Je m'appelle Sung et je viens du village qui est situé à deux kilomètres d'ici. Des éclaireurs anglais à votre recherche sont passés il y a quelques jours et nous ont donné votre signalement. Group Captain Nowik... Il resta la bouche ouverte de stupéfaction, depuis combien de temps on ne l'avait plus appelé comme ça. La belle Birmane reprit dans un léger rire. Son corps émanait un parfum sucré et léger. - Ne soyez pas surpris bel officier, je suis allée à l'école anglaise à Rangoon. Quand les Japonais sont arrivés, j'ai dû quitter la ville et revenir avec mes parents dans notre village. Il y a deux jours, nous avons remarqué une activité particulière dans le camp occupé par les Japonais a dix kilomètres d'ici. Nous avons appris qu'ils avaient repéré un aviateur anglais dans le secteur, nous avons immédiatement fait le rapprochement avec vous et placé des observateurs un peu partout dans la région. Bel officier! Archy se senti rempli de bonheur.... _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:07 | |
| Archy suivait maintenant la belle Birmane. Il admirait la souplesse de celle qui maintenant sautait élégamment d'une pierre à l'autre et se faufilait entre les bambous. Fatigués par les longues heures de marches et affaibli par la carence alimentaire, il avait de la peine à suivre son rythme. Elle s'arrêtait de temps à autre, l'attendait en lui faisant signe de la rejoindre en souriant. Ils cheminaient maintenant tous les deux sur un chemin le long du cours d'eau. Il ne voyait plus sa beauté, mais se préoccupait de son avenir. Des patrouilles d'éclaireurs avaient été envoyées à recherche c'était encourageant. Mais actuellement où étaient-elles ses patrouilles? S'agissait-il d'une avant-garde de l'armée de Wingate ou d'éclaireurs envoyés en profondeur dans les lignes ennemies pour des actions de sabotage ou de guérilla? Elle marchait moins vite maintenant, Archy profita de lui poser les questions les plus pressentes. Elle lui appris que de temps en temps des patrouilles de soldats indiens portant l'uniforme britannique, passaient dans les villages avoisinants pour demander des renseignements sur l'activité japonaise dans le secteur. Des indiens en uniforme Anglais, il s'agissait probablement des troupes d'élite d'Orde Wingate, les Chindits. Il y avait huit jours, ils étaient passés et avaient donné à toutes fins utiles son signalement. Elle y fit comprendre que les soldats avaient manqué de conviction dans leurs explications car ils pensaient qu'il était vraisemblablement perdu. Ils étaient repartis comme ils étaient venus en s'enfonçant dans la jungle sans laisser de trace. Il en était ainsi à chaque fois, ses patrouilles n'utilisaient jamais les chemins ou les passages habituels. En général, elles se déplaçaient la nuit et se reposaient le jour. De temps à autre, Sung et les habitants de son village apprenaient qu'une voie de chemin de fer, un camp ou en aérodrome japonais avait été attaqué. Ils avaient peur ensuite, car il arrivait que les Japonais menaient des actions punitives envers les habitants des villages avoisinants. - Ils pensent que nous sommes à l'origine de ces coups d'éclat! Expliqua la belle birmane alors qu'ils s'étaient arrêtés pour faire une pause. - Ils sont souvent saouls! Ils arrivent en camion, violent les femmes, tuent tout le monde et parfois ils mettent le feu au village. Archy pensa à haute voix. - Ils sont livrés à eux-mêmes... oui c'est ça... livrés à eux-mêmes au milieu de la jungle... souvent sans chef. Loin de tout, ravitaillés au coup par coup, ils vivent au jour le jour, sans savoir où est l'ennemi. Redoutant des attaques surprises. Ils ne savent plus où ils en sont. Leur état-major leur a promis de grandes choses, aujourd'hui il les abandonne à leur sort dans un pays qui leur est totalement hostile. Leur fidélité à leur Empereur est grande, ils ne se rendent pas... ils ne se rendent jamais... mais ils finissent par devenir fou et commentent les pires atrocités! Sung semblait choquée, elle ne souriait plus. Son visage s'était fermé et son regard fixait le sol. - Tu philosophes bien Group Captain Archy, mais ils tuent des enfants... sa voix ne fut plus qu'un murmure - ... ils battent et violent des femmes...! Ses yeux étaient brillants de larmes. Archy avait compris. Il était très étonné par son éducation. Il l'a pris doucement par le bras et l'invita à s'asseoir à côté de lui. - Je suis désolé Sung... ce que je viens de dire est en rapport à ce que j'ai vécu ces dernières semaines à errer dans la jungle. Seul, à la recherche de nourriture, de mon chemin, à la merci de mes états d'âme, de mon moral... mais actuellement, les Japonais sont entrain de battre en retraite, ils paieront, je te promets! . Sung repris: - La mort de tous les Japonais ne ramènera pas mon petit frère... elle ne me rendra pas mon innocence, ni ma famille. Archy réalisa que le ton présomptueux de sa dernière phrase, était déplacé dans le contexte de leur discussion. Son aventure était bien légère vis-à-vis de ce que sa sauveuse avait visiblement vécu! Il se trouva égoïste de ne penser qu'à rejoindre son unité, la civilisation, son confort. Lui avait encore une partie des siens qui l'attendaient en Angleterre. Elle n'avait plus rien, il se sentait bien démuni pour apporter de l'aide à Sung alors que c'est elle qui lui en apportait. Elle se leva brusquement, son sourire était revenu sur son visage angélique. Elle le prit par la main. - Allez vient ami anglais, on est plus très loin du village maintenant. Quelques centaines de mètres plus loin, les premières maisons apparurent. Elle lui demanda de rester un moment à couvert jusqu'à ce qu'elle se soit assurée de sa sécurité. Pendant qu'elle s'éloignait de son pas souple et félin, Archy observa le village. Les maisons ressemblaient à ce que les soldats birmans avaient construit pour eux à Tamu. Construites en bambous, elles étaient toutes montées sur des pilotis. Une échelle permettait d'accéder à une petite terrasse où il pouvait apercevoir quelques femmes vaquer à diverses occupations. Des hommes étaient réunis dans une grande hutte sans parois, au centre du village et tout en fumant de longues pipes semblaient discuter. Quelques enfants jouaient ici ou là, le village avait l'air paisible. Après dix minutes, Sung vint enfin le chercher. Son arrivée provoqua diverses réactions. Les femmes les plus âgées entraient dans leur maison alors que les plus jeunes, l'observaient en se cachant derrière le chambranle de la porte. Les enfants pas farouches, lui courraient autour en lui posant mille questions dans une langue qui lui était totalement incompréhensible. Il fit maladroitement des signes de salutation à droite et à gauche. Il entendit quelques jeunes femmes rires. Sung semblait tendue, elle le conduisit vers le groupe d'hommes qui palabraient en fumant. Son arrivée troubla à peine la discussion qui semblait animée. Sung s'agenouilla légèrement à l'écart et attendit patiemment que celui qui semblait gérer le débat veuille bien lui accorder un moment. Archy qui tentait de se montrer le plus conciliant possible en fit de même. Après quelques minutes, le chef demanda le silence, il se tourna vers la Birmane et lui dit quelques mots brefs. Sung répondit par l'affirmative se leva et alors que la discussion reprit son cours, elle fit signe à Archy de la suivre. Aucun des hommes ne lui avait jeté le moindre regard. Il se sentait mal à l'aise, pas du tout au courant des coutumes, il avait peur d'être à l'origine d'une maladresse. Finalement, ils rejoignirent une belle maison légèrement à l'écart du village. Sung l'invita à gravir l'échelle. - Voilà ma maison, j'ai le droit de t'héberger le temps que tu reprennes des forces. Ensuite, tu devras t'en aller. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:07 | |
| Archy fut surpris par cette situation. Il s'attendait à trouver des prescriptions, une radio, de la nourriture, des armes, enfin quelque chose qui lui permettrait de prendre contact avec l'armée anglaise. Silencieusement la Birmane se mit à préparer un repas pour le soir. Une odeur de riz parfumé, de poulet grillé et de sauce au satay se mit à embaumer la cabane. Archy qui n'avait pratiquement jamais mangé chaud depuis des semaines cru défaillir, lorsqu'elle lui donna son assiette. Il s'efforça de manger lentement afin d'habituer son estomac à de nouveau accepter de la nourriture en quantité normale. Tout en picorant et un buvant du thé par petites gorgées, il observait l'énigmatique Sung qui ne mangeait pas. - Tu ne manges pas? - Non, je mangerais après. - C'est une tradition chez vous de laisser manger les hommes avant les femmes? - Oui c'est ainsi. Dans ma tribu quand une femme est impure, elle n'a pratiquement plus aucun droit. Archy pris un plat en bois, le rempli de nourriture et le tendit à Sung: - Tu es avec moi ici, pas de danger, manges! Sung s'offusqua. - Non... Non, ce n'est pas bien. Je risque d'être gravement punie... d'être exclue du village si je ne respecte pas les règles. Archy reposa l'assiette. Il lui parla doucement - Que c'est-il passé Sung? Comment une femme aussi belle, peut-être considérée comme... impure! La belle Birmane resta un moment silencieuse. Puis elle repris doucement - Elle l'est... si toute sa famille est morte... et qu'elle a été prise avant son mariage. Archy s'emporta. - Mais ce n'est pas de ta faute bon sang! Si tu t'étais débattue, les Japonais t'auraient certainement tué. Sung releva la tête et fixa Archy d'un regard dur, sa voix tremblait, elle parla vite: - Les Japonais sont venus ici, il y a deux ans! La plupart des habitants avaient pris la fuite. Mon père qui était le chef du village est resté pour parler avec l'officier japonais. Nous sommes bouddhistes, nous croyons en la paix chez tous les hommes de cette terre. Mon père était très calme, mais le soldat continuait de l'invectiver. Il avait vu que des cases étaient vides, aussi, il croyait qu'on abritait des résistants. Mon père tentait de lui faire comprendre, soudainement, l'officier japonais a sorti son sabre et lui a tranché la tête. Puis, les autres sont comme devenus fous, ils ont commencé de tirer sur tout le monde. J'ai tenté de m'enfuire dans la forêt. Mais deux soldats m'ont rattrapé... ils ont abusé de moi... je me suis défendue... j'ai pris le couteau du premier et je l'ai tué... l'autre était à moitié nu... il a voulu prendre son fusil... mais j'ai été plus rapide... j'ai frappé... frappé... et puis je me suis enfuie jusqu'au temple. Je me suis lavée dans la crique et puis j'ai prié Bouddha pour qu'il nous offre la paix. Lorsque je suis revenue tard dans la soirée, le village avait été mis à sac. Toute ma famille avait été massacrée. Notre religion oblige les gens de mon village de me respecter, mais je ne peux plus habiter dans le périmètre du village... et je n'ai plus le droit au mariage... aux enfants... Sung toujours à genoux sur sa natte, étai silencieuse maintenant, le regard fixé vers le sol. Archy la regarda, son éducation ne pouvait accepter que l'on traite une femme ainsi. La Birmanie était une colonie anglaise que diable, il fallait mettre un terme à ces pratiques ancestrales. - ... Une fois la Birmanie libérée, je te promets que je parlerai de tout ça en haut lieu. Sung s'agita. - Au risque de te décevoir officier anglais, tes compatriotes n'ont pas fait que du bien ici. Ils ont certes construit des routes et des écoles, mais peu de Birmans y ont droit. Ils ont mélangé des ethnies, brisé des tentatives d'indépendance dans le sang, ils ont largement profité des richesses de mon pays, imposé leur culture, leurs règles, leurs lois, leurs religions. La Birmanie a le droit d'être indépendante... et elle le sera un jour! Contrarié et surpris par ce brusque volte face contestataire, il répondit: - Il me semble pourtant avoir entendu que tu avais bénéficié des bienfaits britanniques en suivant l'une de leur école à Rangoon non? L'éducation dont tu as été dispensée te permet sans doute de tenir ton discours sur les bienfaits des lois et règlements birmans face à la civilisation britannique. Maintenant, libre à toi de décider dans quel camp tu aimerais vivre! Celui des traditions ancestrales, recluse seule dans ta cabane à te faire traiter comme une moins que rien par les gens de ton propre village jusqu'à ce que la mort t'emporte, où aux côtés des Anglais avec une position de femme responsable et respectée dans notre société... Il se calma. Son éducation lui interdisait de s'emporter avec une femme. - Je te prie d'accepter mes excuses Sung... on ne va pas entrer dans un débat sur l'indépendance de ton pays, alors qu'à moins de dix kilomètres, les Japonais sont encore solidement installés... La jeune birmane semblait désemparée. Elle était visiblement partagée entre son monde qui imposait la loi du silence et celui où elle avait passé quelques années lui autorisant de prendre la parole, de se défendre, d'être écoutée. - Je ne sais plus où j'en suis... la solitude est sans doute pire que la mort... Archy qui venait de passer par-là acquiesça de la tête. En se levant, ses jambes blessées le firent grimacer. - Arf, fichues sangsues, elles m'ont rendu la vie dure. Il releva son pantalon laissant apparaître une plaie purulente. Cela faisait quelques jours, qu'il n'avait plus de désinfectant. Il avait même utilisé son whisky. Sung s'approcha: - Montrez-moi vos jambes. J'ai un onguent pour ça. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:08 | |
| Brisé par la fatigue, Archy se laissa faire, il enleva son pantalon et s'allongea sur sa natte. La nuit tombait et son hôtesse avait allumé des petites lampes à huile diffusant une odeur doucereuse. Entre ses yeux mi-clos, il aperçut la belle birmane, vêtue d'une grand robe écrue, piler des ingrédients odorants dans un bol en terre cuite. Elle y ajouta de l'huile et une forte odeur rappelant un mélange d'eucalyptus, de menthe et de sauge emplit la pièce. Sung avait préparé des bandelettes de tissus qu'elle trempa dans la mixture. Elle pris ensuite un bac rempli d'eau savonneuse et s'employa à laver soigneusement les plaies. Une fois sa besogne terminée, elle invita Archy à s'asseoir et à tremper ses pieds endoloris dans le bac. Pendant qu'il s'exécutait, elle prépara les bandes. Elle pris ensuite un drap de lin et essuya ses pieds et ses jambes. Elle l'invita à se coucher une nouvelle fois, Archy qui ne tenait plus debout, enivré par l'odeur prenante de la préparation, ne se fit pas prier. Il sentit Sung appliquer les bandes les unes après les autres. Quelques secondes après avoir été appliquées, l'onguent provoquait une chaleur pouvant devenir presque brûlante sur les blessures. L'Officier britannique tressailli en grimaçant et il se redressa sur les coudes. Sung finissait le pansement. - Ca sent bon mais ça brûle ton truc! Qu'est-ce que c'est? Sung sourit doucement. - Nous appelons ça: "Baume du Tigre"! La belle Birmane était maintenant devant lui légèrement penchée en avant. Par l'échancrure de son corsage, il pouvait apercevoir ses deux seins fermes et charnus qui bougeaient légèrement à chacun de ses gestes. Il devinait les auréoles brunes sous le tissu léger. Troublé, il souffla: - J'aimerai que cet instant dure une éternité Sung! Cela fait tellement longtemps que je n'ai plus contemplé de femme si belle... Elle le regarda l'air mélancolique. - Ma mère était thaïlandaise... elle était très belle. Les hommes du village enviaient beaucoup mon père. Elle m'a donné un physique différent et beaucoup de problème avec les gens d'ici qui m'ont toujours considéré comme une "sang" mêlée. Telle un félin, elle s'approcha d'Archy, le fixant de ses grands yeux noirs et mélancoliques. Parmi les effluves de baume, il sentait son parfum de jasmin. Il avait la gorges serrée. De sa main calleuse, il lui caressa doucement la joue. - Je ne sais pas quoi dire Sung... je ne sais plus où j'en suis! - Tu me prendras avec toi en Angleterre? Tu ne me laisseras pas seule ici hein? Archy ne comprenait plus rien. Après le discours indépendantiste de tout à l'heure, voilà qu'elle aimerait aller en Angleterre. - Je... je ne sais pas... pourquoi pas... mais comment.... Il voyait leurs ombres dansantes sur la paroi de bambous, diffusée par la lumière vacillante des lampes à huile. Les deux ombres se rejoignirent pour un léger baisé. Comme dans un rêve, sa main remonta le long des hanches et effleura ses seins sous sa robe. Sung gênée, lui saisi la main et la retira de son corsage. - Non! Non! Ce n'est pas bien! Je n'ai pas le droit! Il ne faut pas! Archy était au bord de l'apoplexie. Il réalisa soudainement la situation dans laquelle il était. En fuite en pleine zone occupée par les Japonais, il devait à tout prix rejoindre son escadrille et il batifolait avec une indigène. Il se laissa tomber en arrière: - Tu as raison... ce n'est pas bien, c'est sans doute trop tôt! J'aimerai dormir maintenant je suis vraiment très fatigué. Merci pour les pansements. Il l'embrassa doucement et se coucha. Sung paraissait contrariée. Elle se leva en souplesse, souffla sur les lampes à huile et s'éclipsât sans un bruit. Le lendemain, il était tard dans la mâtinée lorsque Archy se réveilla enfin. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus dormi comme ça. Il retira les pansements et eu la bonne surprise de constater que ses plaies étaient en voie de guérison. Il tâta sa barbe et se dit qu'il était temps de faire un peu de toilette. Son hôtesse avait disparu. Il trouva un peu de nourriture dans un plat, des galettes de riz qu'il grignota rapidement avant de s'affairer à affûter soigneusement son poignard avec sa pierre. Il finit par un passage sur sa ceinture en cuir qu'il avait mouillée. Il sortit et se rendit au bord de la rivière. Après s'être assuré que ni serpent, ni gavial ne traînaient dans le coin, il s'agenouilla au bord de l'eau et entreprit de se raser. Après quinze minutes, malgré l'aspect barbare de son outil, il s'estima à peu près présentable. Alors qu'il revenait vers le village, il aperçut Sung en pleine discussion dans la hutte centrale avec le conseil des hommes. Il décida de ne pas s'en mêler et d'aller à la cabane pour l'y attendre. Elle arriva cinq minutes plus tard. - Viens! Viens Group Captain Archy! Je vais te montrer quelque chose. Elle s'enfonça dans la forêt! Au bout d'un moment elle arriva au pied d'un rocher. Après qu'elle ait dégagé les feuilles et l'humus, Archy découvrit le couvercle d'une caisse. Il s'agissait de matériel anglais. Sung l'ouvrit, à l'intérieur, il eut la surprise de découvrir des armes, de la munition, des cartes et surtout une radio avec sa batterie. _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:08 | |
| - Les éclaireurs anglais nous ont laissé cela il y a longtemps. La plupart des villages sont ainsi équipés. En cas d'urgence nous pouvons appeler ou informer. Archy eu la bonne surprise de découvrir que la batterie était encore chargée, il installa le matériel à même le sol. Il déploya l'antenne et la raccorda au poste, ainsi que la batterie. Tendu, il regarda Sung avant d'allumer la radio. - Ca fait combien de temps qu'elle n'a plus été utilisée? Sung haussa des épaules. - Je ne sais pas, peut-être six mois. Les éclaireurs semblent entretenir régulièrement ce matériel. Il tourna le potentiomètre et le vumètre de fréquence s'agita dans son cadran. Il régla l'aiguille sur la fréquence utilisée par son escadrille. Mais à part un petit grésillement, elle resta muette. Sung fouilla dans la caisse et sorti une sacoche de laquelle elle extirpa un petit cahier. - Ici sont les codes! Dit-elles. Les codes? Le petit document destiné aux birmans était couvert de caractères inconnus pour lui, par contre, il découvrit la fréquence radio sur laquelle il pouvait entrer en contact avec des renforts. Il régla le poste sur la fréquence question et empoigna le micro, après avoir réfléchi, il décida de ne pas donner son nom sur les ondes, mais le code de son avion. - Ici KW-A, Spitfire KW-A, est-ce que quelqu'un m'entend! Après quelques secondes, le haut-parleur crépita. Une voix parlant une langue inconnue lui répondit. Il insista: - Ici KW-A, m'entendez-vous? L'autre continua de baragouiner encore quelques mots, puis il l'entendit prononcer dans un mauvais anglais. - One moment please! Il attendit plusieurs minutes lorsqu'une voix pratiquant parfaitement l'Anglais se fit entendre. - Ici poste contrôle 246, m'entendez-vous? Archy se précipita sur le micro. - Oui, 3 sur 5, je vous reçois 3 su 5, répondez. A l'autre bout de micro, l'autre semblait s'énerver. - Je vous reçois 3 sur 5! Qui est à la radio! C'est une grave erreur de communiquer en Anglais! Vous savez que vous devez utiliser le Birman, répondez. Archy poursuivit: - Ici KW-A, KW-A, je demande de l'aide. Il y eut quelques secondes de silence puis la voix reprit: - KW-A? Ce code nous ait inconnu... Nous allons couper la communication! Terminé! Archy s'emporta! - Non pas terminé! Bordel, ici le détenteur du Spitfire KW-A, je me suis crashé il y a plusieurs jours et j'ai besoin d'aide, répondez! A l'autre bout, plus personne ne répondait. Archy toujours à genoux devant la radio plusieurs fois de rappeler, mais la radio restait muette! Alors qu'il allait arrêter le poste, la voix repris. - Ici poste contrôle 246 vous m'entendez KW-A? - Je vous reçois 3 sur 5! - Bien compris KW-A, nous avons procédé à des contrôles, nous voulons juste encore nous assurer qu'il s'agit de la bonne personne. Qui était votre ailier le jour de l'accident? Répondez! - Il s'agissait du Pilot Officer Moyus... L'autre semblait soulagé. - Et bien vraiment content de vous entendre en vie Sir! On vous croyait perdu depuis longtemps! Il va falloir qu'on vous localise! Utilisez-vous un poste de secours indigène? Archy senti l'émotion le submerger. Il s'efforça de répondre le plus clairement possible! - Affirmatif, j'utilise une de ces postes. Je suis en bonne santé, pour le moment tout va bien pour moi. Avisez mon unité ! - Bien compris Sir, à la bonheur mais nous allons d'abord venir vous chercher avant de faire quoi que ce soit. Vous êtes certainement accompagné par un birman qui vous a amenez au poste ! - Affirmatif! - Ok, alors passez-lui le micro, je vais le mettre en contact avec une autre personne! Archy le tendit à Sung qui se mis à parler à tout de vitesse en Birman. A l'autre bout des ondes, son interlocuteur lui répondait dans son dialecte. Elle parlait tout en feuilletant le carnet. Puis brusquement la discussion s'interrompit et elle redonna le micro. La voix anglaise repris - Toujours là KW-A? - Oui, toujours là, je vous écoute. - Bien! Vous avez été localisé. On va venir vous chercher. On ne peut pas vous dire quand, prenez votre mal en patience, ok! - Bien compris, je resterai dans le secteur... terminé! - Good Luck et à bientôt, terminé! Songeur, Archy démonta la radio, la batterie et l'antenne et les rangea dans la caisse. Il pris une Sten, quatre magasins de rechange et quelques grenades qu'il glissa dans une sabretache. Il regarda Sung. - Je prends mes précautions! Si les Japs étaient à l'écoute, ils risquent de rappliquer dans tous les villages du secteur et faire des fouilles. Je ne veux vous faire prendre aucun risque. Je vais rester vers le temple et la crique. Je m'installerai du mieux que je peux. La belle Birmane approuva d'un hochement de tête. - Je t'apporterais à manger tous les jours. Elle semblait triste. Archy pris dans ses problèmes, n'y prêta guère attention.... _________________
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| Sujet: Re: Brimanie 1943 - Bienvenue en Enfer! Jeu 27 Oct - 20:10 | |
| Quelques heures plus tard,, Archy était installé à proximité de la cataracte et de la crique où quatre jours auparavant, il avait rencontré Sung. Celle-ci, lui avait procuré quelques effets soit une couverture et de la nourriture. S'aidant de sa machette, il s'était construit un abri solide dans les rochers, au-dessus de la chute d'eau. De cet endroit invisible depuis le temple, il avait un excellent point de vue autant sur le plateau qui s'étendait au Nord ainsi que sur la plaine et le chemin menant au village. Il avait récupéré la radio et ses accessoires et les avaient installés dans ce qu'il appelait sa tanière. Deux fois par jour, Sung venait le voir pour lui apporter de la nourriture. Depuis, le soir où elle l'avait repoussé, elle parlait peu. Son visage s'était refermé. Archy, ne voulait pas se préoccuper de ses états d'âme, il allait bientôt la quitter à tout jamais, à quoi bon lui donner de faux espoirs. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'être troublé lorsqu'elle était près de lui. Il refusait d'accepter les sentiments qu'il avait pour cette femme. Non, tous les séparaient, leurs convictions, leur religion et la guerre. C'était une relation impossible à laquelle il refusait de succomber, mais il devait se faire violence. A chaque fois qu'il l'a voyait, il avait la gorge serrée. Parfois, elle plongeait son regard intense et mélancolique dans ses yeux, il en perdait presque ses moyens. Il avait des sentiments pour cette femme c'était sûr, il l'aimait. Sa beauté était certes fascinante, mais c'était surtout son comportement doux et plein d'attentions qui le troublait plus encore que son physique. Au fils des journées, il avait aménagé son abri et en avait fait une cabane assez confortable. Il avait construit un plancher en bambou recouvert de feuilles de bananier qui isolaient son habitation des rochers. Il passait ses journées à améliorer son confort. Il avait fabriqué une table deux chaises et une armoire dans laquelle il avait installé la radio. Il s'était également monté un lit sur lequel il avait installé un tapis de mousse épais, sa natte et une fourrure que lui avait apportée Sung. Il testa son lit, et apprécia le confort relatif que celui-ci lui procurait après des semaines de repos dans un hamac, à même le sol avec pour seul matelas une natte de riz tressée. Le jour suivant, il décida de se baigner dans la crique. Sung lui avait assuré que ni serpents ni crocodiles ne fréquentaient ces eaux froides venant des hauts sommets birmans. Il se plongea avec délice dans l'onde fraîche. Alors qu'il effectuait quelques brasses, il se dit que si le paradis devait être représenter par un endroit sur terre, c'est bien celui-ci qui se prêterait sans doute le mieux. Il profita de laver ses habits avec une espèce de savon fait de cendre de bois parfumé et d'huile. Une fois sa combinaison soigneusement nettoyée, il l'a suspendit au soleil pour la faire sécher. Autour de lui, les oiseaux multicolores et les singes échangeaient appels et cris dans des fréquences diverses provoquant ainsi une symphonie qui fit sourire l'officier anglais. Assis en tail |
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