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René Martel, vive la France Libre

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615sqn_harry
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Jeu 25 Jan - 6:47

Le petit groupe rejoint un terrain plat entre deux collines.
Jan Peer regarda surpris Oscar Roberts. Il chuchota.
- Ne me dites pas qu'ils vont faire poser un avion ici.
Le Colonel "G", lui répondit.
- Ben quoi, vous croyez qu'on vous a emmené ici pourquoi? Ramasser des fraises des bois? Vous pensiez rentrer à bicyclette en Angleterre ou quoi?
Il rigola doucement.
Les maquisards s'étaient placés le long du pré, ils portaient tous une lampe tempête. Ils s'accroupirent, le regard anxieux vers le ciel.
Pour la première fois, les deux Anglais virent leur compatriote perdre un peu de sa prestance. Il paraissait tendu.
- C'est maintenant l'heure de vérité. Il a une heure pour venir, il a jusqu'à 4h30 pour se poser. Sinon, il doit faire demi-tour et on est bon pour attendre la prochaine lune noire, un mois, ça fait une paye dans le trois étoiles du père Lebour.
Peer murmura:
- Ca arrive souvent qu'il loupe le rendez-vous?
- Non normalement pas, les pilotes sont des as rompus à ce genre de mission, mais il suffit que le temps ait été mauvais où qu'il soit tombé sur un chasseur de nuit.
La demie-heure suivante se passa dans le silence. Roberts commençait de désespérer lorsque enfin le ronronnement d'un moteur d'avion tournant au ralenti se fit entendre. Un ordre fusa dans la nuit et les lampes tempêtes furent allumées par les résistants. Le bruit du moteur disparu. Les deux britanniques pensèrent que l'avion s'était perdu, mais soudainement le froissement caractéristique du flux d'air dans les volets précédé du battement d'un hélice dans l'air se fit entendre et le Lysander se posa sans un rebond sur la piste de fortune. Les lampes s'éteignirent instantanément, quatre hommes se précipitèrent vers la queue de l'avion pour l'aider à faire demi-tour et être prêt à décoller. Le moteur tournait au ralenti. Roberts avait l'impression que le bruit devait s'entendre à des kilomètres à la ronde. Un poigne ferme le tira par le bras.
- Venez!
Les trois Anglais se mirent à courir vers le petit appareil. Peer s'inquiéta.
- On tient à trois passagers la dedans?
Le Colonel "G" les aidait à grimper dans l'avion.
- Oui, sans problème, on sera un peu serré mais ça ira.
Tremblant les deux membres du squadron 248 s'installèrent du mieux qu'ils pouvaient sur les banquettes de toile. A peine étaient-ils assis que le pilote sans un mot mit les gaz et le Lysander calé sur son cap roula dans la nuit noire, à l'aveugle. Après quelques rebonds, le pilote décollait enfin. Le Colonel "G" les aida à fermer l'imposante verrière et à se sangler. Il reprit ensuite sa place derrière le pilote. Le canopy était large et descendait bas sur le fuselage. Les passagers pouvaient ainsi apercevoir des ombres sur le sol. Le Colonel "G" se retourna.
- Essayez de garder un oeil vers l'arrière... à cause des chasseurs de nuit. A l'aller le pilote a été surpris par des projecteurs de recherche. Il est vraisemblable que la chasse de nuit soit sur le qui vive dans le secteur.
Anxieux, les deux hommes se mirent à scruter les ténèbres. Le pilote du Lysander changeait régulièrement d'altitude pour tromper les éventuels radars qui suivraient sa progression. Trente minutes plus tard, il fit signe de la main vers le sol, le petit appareil volant bas, depuis l'habitacle, des ourlets d'écume étaient visibles, ils survolaient enfin l'Atlantique. Jan Peer regarda soulagé la mince bande noire de la côte s'effacer à l'horizon. C'est au même moment qu'il aperçu comme des petites lucioles s'évanouir dans la nuit. Il comprit très vite qu'elles provenaient des échappements d'un avion qu'il devinait légèrement décalé sur leur 5 heures. Il hurla:
- Attention! Chasseur de nuit, break... break droit.
Le pilote réagit instantanément et pendant que deux traçantes blanches encadraient le Lysander, il bascula brutalement sur l'aile, effectuant un virage serré à droite. Au-dessus d'eux, dont un vrombissement sourd, le chasseur de nuit allemand overshootait sa cible. L'expérience du navigateur de Mosquito venait probablement de leur sauver la vie. Roberts et Peer scrutaient maintenant avec attention les ténèbres, mais le chasseur ennemi ne réapparu plus. Visiblement le Colonel n'aimait pas trop les montagnes russes et son visage prit une teinte verdâtre. Roberts ne put s'empêcher.
- C'est la trouille ou le mal de l'air Sir?
Il ricana:
- Allez vous faire voir chez les Grecs Roberts...
Peer regarda Roberts.
- Bf110 Sir?
Oscar fit la moue.
- Non je plancherais plutôt pour un Ju88, ils ont ça dans la région. Des versions avec des canons dans le nez, très dangereux pour nos Sunderland ou Hallifax chasseurs de sous-marin. Dommage que je ne sois pas aux commandes d'un de nos Mosquito FB, je lui donnerai bien une petite leçon à ce vautour...
Mais l'avion allemand ne revint plus. Bientôt le jour pointa à l'horizon.
Le pilote qui n'avait jusque là pas dit un mot se retourna.
- On a encore trois heures de route. Nous allons voler très bas. On est en plein Golf de Gascogne, les Ju88 du KG44 patrouillent régulièrement dans le coin, restez attentif...
Peer le pouce l'air fit un clin d'œil au pilote.
- Le vol ras des vagues à 600 km/h on connaît, vous pouvez y aller.
Par rapport au Mosquito le Lysander était affreusement lent. Le plafond était à environ 2000 pieds. Les 4 hommes ne parlaient plus. Robert rêvait d'un bon bain et d'un bon lit. Il était très mal assis, l'assise du siège en bandelettes de tissus n'avait qu'un demi-dossier, il était assis face à Peer qui lui, pouvait au moins s'appuyer mais sa place était tout aussi inconfortable car il devait courber la tête faute de place sous la verrière. Deux heures plus tard, 8 contacts firent leur apparition au loin. Le pilote les montra du doigt:
- Beaufighter! Ce sont les gars du 238, ils viennent pour nous escorter. Nous nous poserons sur l'île de Wight dans une quarantaine de minutes. Nous ferons le plein et ensuite je vous ramène à Cadgwith, c'est ok?
Les Beaufighter encadraient maintenant le petit monomoteur.
Les deux membres de l'escadrille 248 furent un peu surpris. Voilà 12 jours que la mission avait eu lieu, et les voilà de retour après une odyssée incroyable en France, comme si de rien n'était. Roberts donna une tape amicale sur l'épaule de son navigateur.
- On dirait qu'on est bientôt à la maison hein Peer.
Puis au Colonel:
- C'est curieux qu'on soit déposé à Cadgwith Colonel, je pensais que les renseignements britanniques seraient intéressés par notre aventure, on ne doit pas rendre de comptes?
Le Colonel "G" qui avait l'air d'aller beaucoup mieux le fixa au travers de ses lunettes rondes.
- Si, vous serez entendu à ce sujet. Cadgwith est une base où sont affectés des membres de l'IS. Car nous l'utilisons justement pour des missions du genre de celle que vous avez effectuée il y a deux semaines. Ah oui, ne vous attendez pas à retrouver votre unité, il est fort probable qu'elle ait repris ses quartiers à Goxhill.
Peer grommela:
- Pff... on dirait que ça lui fait plaisir qu'on soit emmerdé par ses collègues de l'IS...
Enfin, la côte anglaise fut en vue. Roberts ne put s'empêcher de s'exclamer.
- Je n'ai jamais vu la côte avec autant de plaisir!
Une fois sur l'île de Wight, des trois passagers profitèrent de la pause pour se dégourdir les jambes. Ils purent même prendre un rapide repas au mess de la base. Le pilote du Lysander avait un certain âge et comme tous les hommes qui travaillaient pour le "réseau" il était extrêmement peu bavard. Il s'approcha tout de même de Peer
- Ah au fait, merci pour cette nuit, sans vos yeux d'aviateurs confirmés, il y a bien des chances que le chasseur de nuit allemand nous ait eu. Si à votre place il y aurait eu un des civils que je transporte d'habitude, et qui passent leur temps à vomir dans un cornet, on était cuit!
Il rigola et grimpa dans l'habitacle du Lysander.
L'avion quitta l'île de Wight, un soleil inhabituel à cette période de l'année éclairait le ciel entre deux couches de nuages gris. Roberts et Peer réalisaient enfin qu'ils avaient eu une chance incroyable, tant dans le crash de leur Mosquito que leur folle cavalcade. La bande grise de Cadgwith se dessinait sur la terre des Cornouailles. Alors que le petit avion de transport effectuait son approche, nos deux amis eurent le plaisir de constater qu'un douzaine de Mosquito étaient stationnés au Nord de la piste. Visiblement, le squadron 248 était toujours là. Ils étaient impatient d'annoncer leur retour.

Dans son bureau, le chef ad interim du squadron 248 le FO Joshua Fitsalus ne prêta que peu d'attention à l'avion qui se posait. Sur un coin de la table, il y avait deux lettres, deux lettres adressées aux familles de Jan Peer et d'Oscar "Bob" Roberts. Il n'avait pu se résigner à les envoyer, comme si un infime espoir de les revoir un jour existait. Oui cet espoir existait, car personne n'avait vu le Mosquito DM-A s'écraser. Donc il y avait une chance qu'ils aient survécu. Il avait d'ailleurs écrit les lettres dans ce sens, il fallait que les familles gardent un espoir.
La porte du bureau s'ouvrit avec fracas sur le Sergent Dan Yoses que tout le monde surnommait Yoyo, c'était un jeune pilote fougueux, insouciant et prêt à prend tous les risques en l'air mais dont les frasques sur terre avaient l'art d'exaspérer ses supérieurs hiérarchiques.
- SIR, VENEZ ! C'EST INCROYABLE!
Le Flying Officer Fitsalus s'emporta!
- Ah mais c'est pas vrai! Yoyo, mille milliard... On ne vous a donc jamais appris à frapper à une porte ?
Yoses avait le visage tout rouge.
- Mais venez voir Sir, je vous dit que c'est incroyable!
Finalement, Fitsalus se leva et s'approcha de la porte. Il vit effectivement deux hommes qui cheminaient en compagnie de Coleman vers le mess. Il fronça les sourcils, il avait de la peine à croire ce qu'il voyait. Il fila au pas de course vers son vieil ami.
- Nom de nom, Peer Roberts ... heu Sir, mais qu'est ce qu'il vous est arrivés? Tout le monde vous croyait mort.. sauf moi, ah ce que j'ai bien fait d'avoir retenu le courrier pour vos famille. C'est incroyable ce retour... c'est... c'est fantastique.
Les deux hommes souriaient. Dans leurs habits civils trop grands, ils avaient maigri, ils étaient fatigués, mais ils étaient chez eux, ils étaient à la maison...
Coleman s'interposa.
- Vous vous voudrez bien nous excuser Joshua, mais Roberts et Peer doivent être entendu par les services de renseignements, je comprends votre impatience, mais il va falloir attendre jusqu'à ce soir.
Fitsalus s'en fichait, il était heureux de retrouver son vieux compagnons d'arme et une larme au coin de l'œil, il étreignait son bras. Roberts lui donna à son tour une tape amicale.
- Ca va mon vieux, on aura le temps de discuter plus tard ok.
Puis plus discrètement:
- A au fait, jusqu'à ce soir, j'aurais une petite requête à vous demander Fits. Pourriez-vous voir où est basé le squadron 615 svp?
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Jeu 25 Jan - 19:28

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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Dim 11 Fév - 6:20

Il était tard dans l'après-midi lorsque Roberts et Peer quittaient enfin les bureaux de l'IS. Les deux hommes marquèrent un temps d'arrêt pour s'allumer une cigarette. Cette cigarette c'était celle de liberté. Peer envoyait des bouffées de fumée rageuses. Il était remonté:
- Non mais, vous avez entendu ça Sir? A croire qu'on a fait exprès de se crasher en France. On aurait dit qu'ils regrettaient presque notre retour... y sont malades ces types.
Roberts était trop content de s'en être sorti à si bon compte pour se plaindre. Il donna une tape amicale sur l'épaule de son coéquipier.
- C'est normal Peer, imaginez un peu le bordel qu'on a mis dans leur précieux réseau. Ils mettent des mois à mettre en place une structure de renseignements en France et voilà que deux braves types de la RAF débarquent en courant dans leur organisation avec deux escouades de la Feldpolizei sur leurs talons. Y a de quoi les rendre nerveux vou sne trouvez pas?
Il rigola doucement en se remémorant leur course effrénée au travers du bois puis des vignes. Il imaginait la surprise des bons vendangeurs français, lorsqu'ils sont apparus, sautant par-dessus les murets, roulant dans la poussière entre les seppes.
- Allez venez Peer allons au mess, ils doivent nous attendre avec impatience.
L'arrivée des deux hommes provoqua un brouhaha intense. Les tournées au bar commençaient de s'aligner l'une derrière elle. Les pilotes du squadron les pressaient de questions. Mais l'IS avait demandé à Roberts et Peer de rester discret sur la manière dont ils avaient été extraits depuis la France. Ils s'étaient consultés pour avoir une version plus ou moins identique et avait convenu pour un petit chalutier qui les avaient ramené jusqu'à l'île de Wight. Cependant, personne n'était dupe dans le mess, ils avaient tous vu le Lysander au camouflage marron et noir se poser sur la base et ils savaient que ces avions survolaient la France de nuit pour de mystérieuses missions. Au bout d'un moment les pilotes respectèrent le silence de leur leader et de son navigateur se résignant à accepter la version donnée. Après une petite heure, se faufilant au travers de la foule qui entouraient les deux héros du jour, Joshua Fitsalus s'approcha de Roberts.
- Ben mon vieux, c'est pas facile de te rejoindre.
S'adressant aux hommes.
- Bon les gars vous l'avez vu, c'est bon, vous nous laissez un peu respirer maintenant ok? Allez, allez.
La troupe se dispersa en râlant.
Les trois hommes s'asseyèrent à une table un peu isolée. Fitsalus extirpa de sa vareuse son paquet de cigarettes et s'en alluma une. Il replongea la main dans sa poche intérieure et en sortit un papier qu'il tendit à Oscar "Bob" Roberts.
- Tiens, j'ai ton renseignement. Je ne sais pas ce que tu veux en faire, je m'en fout, je ne préfère pas savoir...
Oscar rigola.
- Meu non te fait pas de mourron, ça n'a rien à voir avec l'IS ou un truc comme ça. Je dois juste apporter un message à un gars qui est dans cette escadrille.
Sur le billet, il pouvait lire "sqn 615 - Manston".
Le FO Fitsalus ajouta:
- Si tu veux rencontrer les gars de cette escadrille, t'as intérêt de te dépêcher, parce que le gars du Fighter Command que j'ai eu au bout de fil m'a dit que ce squadron devait partir pour la Birmanie ces prochaines semaines.
Roberts mit le précieux bout de papier dans sa poche et se leva.
- Bon c'est pas tout ça, mais moi je vais me coucher. Une chambre pour moi tout seul avec un vrai lit ça se respecte.
Fitsalus le regardait avec des yeux ronds:
- Ben quoi, tu t'en va déjà dormir? Il est à peine 21h00.
Le FL Roberts posa 2 penny sur la table.
- Oui mon petit Joshua, je vais dormir. Je suis mort de fatigue. La tournée est pour moi, allez les gars bonne nuit et à demain.
Le PO Jan Peer ne tarda pas à l'accompagner.

Le lendemain matin, après le breakfast, Roberts s'approcha de Coleman.
Il frappa à la porte de son bureau, il entra.
- Bonjour Sir, belle journée n'est-il pas?
- Bonjour Roberts, oui belle journée... j'allais vous convoquer car finalement plus ne vous retient ici. Vous avez terminé votre mission avec succès, je vous ai d'ailleurs proposé pour une barre à votre DFC, Peer aussi.
Il se rendit auprès de son poêle sur lequel une vieille théière en cuivre avait été déposée. Un fumet odorant s'en échappait.
- Thé?... Mon père était dans la compagnie des Indes et nous avons heureusement encore un peu de réserve. Foutue guerre.
Roberts accepta un peu à contre cœur une tasse du breuvage. Il dû admettre que celui-ci était excellent. Coleman poursuivit:
- Votre escadrille va donc pouvoir rejoindre Goxhill. C'est Joshua qui mènera la formation. Vous et Peer, avez droit à une semaine de permission. Comme vous êtes de Carlisle dans le Nord, un Anson vous y emmènera.
Roberts répondit quelque peu hésitant:
- Je suis de Blackford c'est plus au Nord de Carlisle...j'accepte avec plaisir la permission Sir, cependant j'aurais souhaité rejoindre d'abord Goxhill où je dois heu... régler quelques petites affaires. Et puis je vous informe que je suis tout à fait capable de prendre la direction de mon escadrille et de la ramener à la base.
Convaincu qu'il s'agissait d'une affaire de cœur, Coleman rigola.
- Ah... oui, bien sûr... je vois. Bien., alors d'accord, vous et Peer prendrez le Mosquito de réserve,. ça vous va comme ça?
Roberts s'en réjoui:
- Impeccable Sir! Nous partons quand?
- Et bien dès que vos équipages auront terminé leur service de parc, rangé leurs affaires et que les mécaniciens auront terminé de préparer les avions.
Il consulta sa montre:
- Je dirais... en début d'après midi, départ à 14h00 ça devrait jouer.

Les pilotes du Squadron 248 étaient contents de quitter la base de Cadgwith. Elle avait un aspect un peu lugubre avec ses bâtiments gris qui apparaissaient comme des fantômes dans le brouillard qui recouvrait régulièrement la région durant l'automne. La plupart des employés faisaient partie de l'intelligence service, aussi, il y avaient toujorus cet espèce de mystère qui les entouraient. Peu bavards, on ne savait pas qui était qui, qui faisait quoi. Cette ambiance faite de secrets et d'interdits n'étaient pas pour plaire à des gars qui avaient l'habitude d'affronter la mort en direct au quotidien.
Lorsque le premier Mosquito s'ébroua, roula sur la piste et pris son envol, à l'intérieur de l'habitacle Jan Peer regardait sans regret la base qui s'éloignait maintenant sous leurs ailes.
- Pfff quelle aventure... je ne suis pas mécontent de me barrer d'ici. Qu'ils aillent au diable avec leurs secrets à la noix, je préfère la guerre comme nous la faisons. Si nous devons un jour mourir dans cette vieille carcasse en bois, Au moins nous saurons pourquoi.

Une heure plus tard les Mosquito du Squadron 248 étaient de retour à Goxhill. Comme d'habitude les mécaniciens de la base les attendaient, faisant signe à chaque pilote, ils guidaient les avions jusqu'aux hangars. Comme d'habitude, une fois les moteurs à l'arrêt, ils plaçaient le petit escabeau sous l'habitacle, la trappe s'ouvrait et l'équipage mettait pieds à terre. Alors un des mécaniciens l'aidait à se défaire de leur parachute et posait la sempiternelle question:
- Alors Sir vous avez fait bon vol?
Comme d'habitude.
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Dim 11 Fév - 6:20

Le Flight Leutnant Roberts ne perdit pas de temps, il fit un rapide passage au dispersal où il annonça le retour du 248 et la prise de quartiers de ses pilotes. Après avoir reçu le laisser passer qui confirmait qu'il était bien en permission, il fonça jusqu'à sa chambre pour vêtir son uniforme de sortie. A chaque fois qu'il le passait, il se regardait dans la glace en se demandant s'il allait pouvoir le remettre un jour. Sur sa poitrine deux petits morceaux de tissu récompensant ses actions de guerre; la médaille du mérite et la DFC. Bientôt une petite barre oblique allait s'ajouter au ruban pourpre. Il ajusta sa casquette et quitta sa chambre en emportant son sac à effets. D'un pas rapide il se dirigea vers la sortie de la base et retrouva avec plaisir sa petite Wolseley Hornet. Il enleva la bâche, brancha la batterie et d'un coup manivelle énergique, mit le moteur en marche qui démarra dans un bruit sport. Il s'installa dans l'habitacle et laissa le moteur chauffer. Alors que les aiguilles s'animaient dans les cadrans de tableau de bord et que le capot vibrait à chaque sollicitation de la pédale des gaz. Roberts soupira, l'odeur de cuir et d'huile chaude lui donnaient la nostalgie, elles lui rappelaient des souvenirs vécu à grande vitesse au volant de cette voiure, souvenirs qui semblaient si lointains mais pourtant si proches. Voilà trois ans qu'il avait abandonné sa jeunesse en s'engageant dans la RAF. Vingt quatre ans à peine et il était déjà considéré comme un vétéran. Vingt quatre ans et déjà à la tête d'une escadrille composée de trente-deux appareils et 48 hommes d'équipage, dont il avait parfois la vie entre les mains. Lourde responsabilité pour un jeune homme que la guerre avait empêché de terminer ses études de médecine à Cambridge.
Il s'alluma une cigarette, consulta la carte; Manston, ce n'était pas la porte à côté, 400 kilomètres au moins, il prévoyait deux jours pour rejoindre la base qui se trouvait dans le Kent. Sur le chemin, il avait décidé de s'arrêter à Horningsea dans la banlieue de Cambridge où il avait logé pendant ses années d'études chez Miss Pidley. Il enclencha la marche arrière et après une courte manœuvre, il démarra en trombe. Bientôt Goxhill et ses Mosquito étaient derrière lui. La campagne anglaise défilait de part et d'autre du capot de la voiture de sport. Roberts avait remplacé sa casquette de la RAF pour une casquette en flanelle de laine écossaise. Il avait mis ses lunettes de vol et le nez derrière le petit saute vent, il s'enivrait des montées en régime de son bolide, le vent balayant son visage, il souriait. A l'entrée des petits villages il saluait les habitants qui le regardait un peu surpris, d'un double débrayage nerveux, tout en descendant d'un rapport, il ralentissait, traversait l'agglomération à vitesse modérée et puis dès que la chaussée se dégageait devant lui, le son à l'échappement caverneux passait à un registre plus aigu, les vitesses passaient à la volée. Chaque mur, talus ou tunnel était prétexte pour profiter des mélopées rageuses évacuées par l'échappement libre. Après une heure trente de route à bon rythme, il s'arrêta à Skegness dans la baie de Wash au bord de la mer. La petite ville côtière semblait avoir été épargnée par la guerre. Seuls deux destroyers mouillaient au milieu des petits chalutiers, désormais obligés de rester au port. Il trouva un petit pub et immobilisa sa Wolseley. Il essuya soigneusement son visage poussiéreux et après avoir installé le tonneau cover, pénétra dans l'établissement. C'était un pub de port typiquement anglais comme on peu les imaginer dans les contes d'Oscar Wilde. Un escalier de quatre larges marches permettait d'accéder à la salle de débit basse de plafond et enfumée. Le deuxième étage en mezzanine où l'on servait à manger était occupé par quelques clients qui mangeaient en silence. Roberts se faufila entre les tables et les colones en bois et s'installa au fond où il avait tout loisir pour observer la salle et ses occupants. Une accorte serveuse aux cheveux marron s'approcha avec un grand sourire.
- Qu'est-ce que je peux vous servir monsieur l'officier?
Il réfléchit un instant puis se décida pour une bière rousse. Alors que la serveuse s'apprêtait à repartir derrière son comptoir, il la héla:
- heu... mademoiselle... fraîche ma bière svp!
Il lui fit un clin d'oeil.
Elle rougit et lorsqu'elle lui ramenait un grand verre remplit d'un liquide doré surmonté d'une finie couche de mousse. De la condensation perlait sur le verre. La serveuse essuya la table devant lui et déposa la bière.
- Qu'est-ce qui vous amène par ici? On a pas souvent des pilotes à Skegnees.
Elle rougit une nouvelle fois.
Oscar sourit:
- Et bien mademoiselle, voyez-vous je suis en permission, et comme un ami m'a parlé d'une serveuse fort jolie travaillant dans ce pub, je m'y suis arrêté.
Il s'approcha l'air malicieux et lui chuchota l'air mystérieux.
- Avez-vous une idée de qui il pourrait s'agir, car mise à par vous je ne vois que des marins barbus et malodorants.
Elle rigola, ses joues avaient passées du rouge au pourpre.
- Et bien dites-donc vous. Je savais que les pilotes de la RAF étaient des coquins, mais je ne pensais pas que c'était aussi vrai.
Elle s'éloigna d'un pas provocateur en jouant des hanches.
Oscar soupira un grand coup. Ah les femmes, voilà bien longtemps qu'il n'y avait plus songé. Et celle-là n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Il s'alluma une cigarette et bu lentement sa bière. Il apprit que la serveuse s'appelait Colleen Whitney mais que tout le monde l'appelait "Molly". Il bu lentement sa bière et en commanda une autre ainsi qu'un repas chaud composé de bacon et de lentilles. C'était tout ce que le pub pouvait proposer en cette période de restrictions. Molly se plaignait, mais Roberts eut vite fait de constater que c'était plus un prétexte pour discuter avec lui qu'autre chose. Il lui donna ses coordonnées. Une heure plus tard, il se leva et paya à regret. La belle serveuse semblait contrariée par son départ.
- Pourquoi faut-il que lorsque je rencontre un homme intelligent, gentil et drôle, il prend presque systématiquement la route ou la mer...
Roberts qui était sur le pas de porte marqua un temps d'arrêt. Puis sans trop savoir pourquoi il fit demi-tour et s'approcha de Molly.
- Je reviendrai... promis. Ca va comme ça.
Il lui caressa affectueusement la joue et l'embrassa doucement sous le regard courroucé des clients jaloux il quitta enfin le pub. Après avoir lancé le moteur, il s'installa au volant de sa Wolseley et reprit sa route en direction de Cambridge. Lorsque le brouillard ne couvrait pas l'Angleterre, l'automne rendait la campagne chatoyante. Les couleurs des forêts traversées par Roberts étaient absolument magnifiques, un doux mélange de vert, d'ocre et de rouge. Les yeux rêveurs, un bleu à l'âme, le pilote anglais roulait moins vite. La guerre lui avait presque fait oublier l'amour et la sensualité. La rencontre avec Coollen l'avait troublé. La fille n'était pas super belle, ce n'était pas un mannequin, juste une fille avec du charme, quelque chose de troublant, quelque chose qui ne le laissait pas indifférent. Il frissona, un courant d'air humide tourbillonait dans l'habitacle dépourvu de toutes protections. Il s'arrêta pour revêtir son Irvin jacket qu'il avait pris avec lui à toutes fins utiles, il se félicita de cette décision. En cette fin d'après-midi, la température commençait de se faire fraîche. Il alluma les deus gros phares Lucas recouvert des caches imposés par la guerre et il arriva enfin à Horningsea. La coquette maison en briques rouges de Miss Pidley n'avait pas changé. Lorsqu'il pénétra dans la petite court dans le halo faiblards de ses projecteurs bridés, les rideaux bougèrent derrière la fenêtre au cadre de bois blanc. Il s'avança doucement vers le perron. Il savait que Miss Pidley allait arriver. Elle ouvra doucement la porte aux gonds bien graissés. Elle était comme il l'avait quittée trois ans auparavant. Rondelette, le visage encadré par ses cheveux gris et son éternelle tablier en dentelle blanche. Lorsqu'elle le vit, elle mit la main à la bouche:
- Oh mon Dieux, Oscar c'est vous? Mais qu'est ce que vous venez faire par ici.
Roberts n'était plus le fringant officier de la RAF, il était, un instant, redevenu l'étudiant studieux qui lorsqu'il rentrait trop tard se faisait sermonner par tante Pidley comme l'appelait affectueusement les étudiants qu'elle hébergeait.
Il bafouilla:
- Je... je dois aller à Manston et comme la route était longue depuis Goxhill .. je me suis dit que je pouvais passer vous dire un petit bonjour et peut-être que vous auriez de quoi me loger juste cette nuit...
Derrière ses petites lunettes, la bonne Miss Pidley avait les larmes aux yeux. Roberts en était troublé.
Elle s'effaça du pas de porte.
- Mais que'est-ce que attends allez entre vite vient à l'intérieur. tu vas prendre froid. Je vais te préparer un repas et ta chambre est toujours libre, tu pourras y dormir autant que tu voudras.
Oscar entra dans le vestibule. Comme autre fois, ça sentait bon la cire pour meuble et le thé à la cannelle. Les porcelaines et les portraits des aïeux étaient toujours à la même place, les boules en cuivre de la rambarde d'escalier, toujours aussi brillantes et encaustiquées. Miss Pidley s'affairait à petits pas. Les tasses tintaient dans la cuisine. Sans un mot, Oscar s'installa à la grande table. Elle déposa une tasse fumante et quelques biscuits au beurre. Elle le regardait l'air inquiète.
- Tu as mauvaise mine mon garçon? Si ta mère te voyait dans cet état elle aurait du souci... au fait tu es déjà allé voir ta mère j'espère?
Roberts était gêné, non il n'y était pas encore allé, il avait un peu honte, mais il voulait d'abord se rendre à Manston rapidement. Dans la poche intérieure de sa vareuse, il avait toujours la lettre de Julie Lebours et il devait la remettre à René Martel avant que son squadron ne parte pour la Birmanie.
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Dim 11 Fév - 11:21

cheers
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Lun 12 Fév - 4:55

Le lendemain matin, Oscar se leva à l'aube. Aux premières lueurs du jour il sauta de son lit. Sa chambre se trouvait sous les toits et par la fenêtre, il pouvait voir les maisons avoisinantes. Un épais brouillard recouvrait la région. Il ouvrit la fenêtre et respira à grandes bouffées l'air humide. De la cuisine émanaient de délicieuses odeurs de lard grillé, d'œufs et de pain toast. Il retrouva son uniforme brossé, sa chemise et sa cravate repassées, ses chaussures cirées. Sacrée Mme Pidley. Elle l'attendait rayonnante dans sa cuisine, la table était mise. Oscar la salua gaiement avant de s'asseoir en regardant avec envie les morceaux de lard et les petites saucisses griller dans la poêle. Il engloutit le petit déjeuner et but deux grands bols de thé. Lorsque l'heure de partir fut venue, miss Pidley l'accompagna en trottinant derrière lui. Dans le vestibule elle ajusta une dernière fois sa cravate et épousta de quelques gestes nerveux de la main sa veste d'uniforme. Elle était un peu émue, mais elle ne le laissait pas apparaître.
- Allez va mon grand et soit prudent.
Alors qu'il s'installait au volant elle courut vers lui un petit sac à la main:
- ... attends, tiens des cookies au beurre, j'en ai fait ce matin avant que tu te lèves, il y a aussi une bouteille de thé... et n'oublies pas d'aller voir tes parents!
Oscar prit le sac et Après lui avoir promis une dernière fois qu'il serait prudent, il reprit, nostalgique, sa route vers Manston. Il avait quitté la côte et s'enfonçait dans le pays. Les villes du Cambridgeshire et leurs zones industrielles toutes vouées à l'effort de guerre défilaient l'une après l'autre. Il dut se soumettre à plusieurs contrôles. Il arriva enfin dans la région tenue par le groupe 11; le fameux groupe, qui, en 1940, commandé par le Vice-Air Marshal Keith Park avait supporté l'assaut principal des attaques de la Luftwaffe pendant la bataille d'Angleterre. Ca et là, des traces des combats violents qui s'étaient déroulées dans ce secteur, étaient encore visibles. Régulièrement, des bâtiments détruits, des usines calcinées, des carcasses d'avions partiellement démontées pour en récupérer le précieux aluminium, parsemaient son chemin. Enfin, vers le milieu de l'après-midi, il aperçut enfin les longs hangars en béton de la base de Manston. Il rstationna sa Wolseley à l'entrée de la base et s'approcha du poste de garde.
Après quelques hésitations, le planton de garde accepta de le laisser entrer. Un soldat accompagna le FL Roberts jusqu'au dispersal où un officier de renseignements le reçu.
- Hum, oui je vois, il va falloir un peu de patience, le FO Martel mène une patrouille de surveillance au-dessus du Chanel, il devrait revenir d'ici une vingtaine de minutes. Vous pouvez rejoindre le mess des officiers si le cœur vous en dit.
Oscar s'installa au bar du mess. Il était désert à cette heure, aussi il prit son thé et s'installa à l'extérieur. Une dizaine de minute plus tard, il remarqua une forte animation du côté d'un des hangars. Des véhicules du feu et des ambulances foncèrent en direction de la piste en faisant sonner leurs cloches. Au loin, le vrombissement de plusieurs avions se fit entendre. Un officier quitta la salle de contrôle et la main en visière devant sa casquette observait le groupe rentrant. Roberts s'approcha.
- La patrouille s'est mal passée?
L'officier le contempla, un peu surpris par sa présence. Puis rassuré par les galons et les décorations de son interlocuteur, répondit nerveusement:
- Oui... ce sont les gars du 615, ils ont été accrochés. Il y a de la casse.
Au loin, une des silhouettes traînait derrière elle un long panache de fumée noire.
L'officier observait maintenant la scène dans une paire de jumelles, ajouta:
- C'est le n° 5, Stevenson, son moteur cafouille.
Le Spitfire blessé s'approchait.
Oscar "Bob" Roberts avait commencé dans la RAF en pilotant un Hurricane MkIIc dans le squadron 51 attaché à la défense du territoire. Il savait que le Spitfire arrivait beaucoup trop vite pour se poser sans casse. La gorge serrée, il voyait maintenant le chasseur s'approcher du seuil de la piste. Le train n'était pas sorti. Le préposé à l'alarme couru sur la piste et tira une fusée pour signaler l'oubli. L'Officier l'interpella.
- Laissez tomber sergent, il n'a plus d'hydraulique, il va se poser sur le ventre.
Le long de la piste les pompiers attendaient.
Roberts s'approcha et dit doucement.
- Plus d'hydraulique? Ca veut dire pas de train, pas de flaps...
L'officier répondit:
- Oui et plus de pas d'hélice... de l'huile plein le pare-brise...
Le Spitfire s'approchait maintenant le moteur au ralenti, alors qu'il se trouvait à quelques mètres du sol le pilote coupa net le moteur. Le chasseur franchi le pas de la piste, passa à leur hauteur à grande vitesse et s'affala d'un coup sur la piste en béton dans un terrible fracas. Il glissa une bonne cinquantaine de mètres sur le ventre avant de s'immobiliser. Immédiatement un incendie se déclara au niveau du moteur.
Les véhicules de pompier qui avaient accompagné tant bien que mal le Spitfire désemparé pendant son approche sur la piste, se ruaient vers la carcasse enflammée. Fort heureusement, avant que le feu ne ravage le cockpit une épaisse couche de mousse recouvra l'avion. Avant même que le feu se soit complètement éteint, les sauveteurs se précipitèrent vers la verrière qui fut brisé en quelques coups de haches. Soigneusement, se donnant des ordres brefs, ils extirpèrent le corps inanimé du malheureux pilote. Oscar pu voir sa tenue de vol maculée d'huile et noircie par la fumée. Visiblement il n'avait pas trop souffert du feu, par contre, une vilaine blessure étai visible à sa jambe droite, voilà donc la raison qui l'avait sans doute empêché de sauter. Alors qu'un bulldozer évacuait déjà la carcasse du Spitfire de la piste et que qu'une ambulance emportait le malheureux vers une clinique, Oscar "Bob" Roberts aperçu un petit groupe de pilotes qui attendaient devant le dispersal. Il s'agissait des pilotes rescapés de la patrouille, il aperçut parmi eux, un homme de taille moyenne et de corpulence athlétique, il regarda son visage. Il avait quelque chose de familier. Le nez, oui il avait le même nez qu'Edouard Martel l'illustre cousin.
- Sir Martel... René Martel?
Le pilote français qui discutait des raisons de la tragédie qui venait de se dérouler sous leurs yeux, marqua un temps d'arrêt, un peu surpris d'être interpellé par cet officier de la RAF qui lui était complètement inconnu.
- Oui... c'est moi, heu je n'ai pas l'honneur de vous connaître Sir...?
Roberts se repris:
- ... oui excusez-moi, j'aurais dû commencer par me présenter, je suis le Flight Leutnant Oscar "Bob" Robert du squadron 248... nos Mosquito sont basés à Goxhill. J'aimerais vous voir quelques instants... plus tard naturellement... c'est possible... au mess?
Martel semblait un peu étonné par cette demande:
- C'est un truc officiel Sir?
Roberts était un peu gêné par la présence des autres pilotes:
- Non.. non, c'est heu... personnel.
Pour couper court à toutes discussions il consulta sa montre:
- Je dirais à 17h30 au mess des officiers? Ca vous laisse le temps de faire votre rapport.
René Martel inquiet par l'air mystérieux de son interlocuteur remit ses affaires à François Devarenne.
- Attendez Sir Roberts, je suis à vous dans 5 minutes.
Il s'adressa à Devarenne et Volta en français:
- François tu peux déposer mes affaires dans ma chambre. Emil, tu fais le rapport de combat, je ferais celui de l'accident de Stevenson plus tard. J'irais le voir à la clinique quand j'en aurais finis avec Monsieur.
Le PO Volta acquiesca et entra dans le dispersal
Reprenant en Anglais, il s'adressa à Roberts:
- Venez, je vais me changer et nous allons directement au mess.
Martel y déposa sa mae west ainsi que sa veste de vol, il changea ses bottes de vol contre une paire de chaussures de ville, lissa ses pantalons et quitta le vestiaire. Roberts l'attendait à l'extérieur et les deux hommes se dirigèrent vers le mess. Oscar était tendu.
Martel donna quelques détails sur sa patrouille:
- On s'est accroché avec les gars de la JG26 de Beaumont-le Roger. Ils savent manier leur FW190. Ils nous donnent du fil à retordre. Nous en avons descendu 2, mais leur leader a descendu Stevenson.
Ils s'installèrent tous les deux au bar. Martel qui commençait d'être impatient l'interpella.
- Bon Sir Roberts, si vous me disiez maintenant la raison de votre visite.
Robert soupira profondément.
- Bien...il y a un mois, mon escadrille a été choisie pour exécuter une mission sur la France occupée... La Rochelle. Le QG de la Kriegsmarine... vous en avez peut-être entendu parler.
Martel acquiesça du chef, oui il en avait entendu parlé. Il avait un intérêt particulier sur tout ce qui se passait dans ce secteur, pour une raison bien compréhensible. Il n'estima pas nécessaire de le dire à Roberts.
- .. voilà, c'est moi qui conduisait la formation, alors qu'on avait largué nos bombes, mon Mosquito a été gravement touché par la flack...
René qui était entrain de boire sa bière interrompit son geste. Les sourcils froncés, il auscultait maintenant Roberts.
- ... vous êtes de la Gironde n'est-ce pas?
Martel acquiesça:
- Oui... pourquoi ça a de l'importance.
Roberts conscient et gêné de l'effet que son histoire provoquait chez le pilote français poursuivit rapidement:
- Lorsque j'ai réalisé que mon avion ne me ramènerait pas en Angleterre, j'ai piqué à l'intérieur des terres pour me soustraire aux chasseurs de la Luftwaffe. J'ai fini par me poser sur le ventre en plein en campagne.
La mâchoire crispée, les sourcils froncés, Martel avait cessé de siroter sa bière.
- Allez-y Roberts je vous écoute...
-Et bien dès que notre appareil s'est immobilisé, avec mon navigateur nous avons pris la fuite et nous sommes arrivés au milieu d'une vigne. Un vendangeur qui travaillait là nous a caché dans une petite cabane.
Roberts décrit avec détail la cabane et l'homme qui les avait aidé...
Martel murmura:
- C'était la vigne de mon oncle Roger... et l'homme qui vous a aidé... mon cousin Edouard... n'est-ce pas?
- Oui... c'est fou d'ailleurs ce que vous lui ressemblez Martel. Lui et ses hommes nous ont caché. Edouard nous a donné des habits civils, puis nous sommes partis dans un petit village... en vélo... Rouillac.
René avait de la peine à contenir son émotion.
- Roberts je vous en conjure ne vous foutez pas de ma gueule...
- Non non, je vous dit la stricte vérité. Nous avons été cachés dans un vieux château...
René répondit
- Ce n'est pas un château c'est l'abbatiale de Marcillac Lanville.. j'y allais dans le temps, j'y allais avec... continuez Roberts.
- Nous avons été cachés quelques temps là, puis on est venu nous chercher... nous avons été logés chez ... chez... Louis Lebour
René était rêveur:
-... alors vous l'avez vue? Hein, c'est ça la raison de votre visite Roberts?
Il plongea son regard embué dans le fond de son verre
- ... comment va t'elle?
Oscar lui donna une tape amicale sur l'épaule.
- Elle va bien Martel... elle va bien et elle toujours aussi belle...
Il plongea la main dans sa vareuse et en extirpa la lettre. L'enveloppe était froissée.
- La voilà, la raison de ma visite...
Tremblant Martel pris la lettre.
Roberts poursuivit
- ... Julie Lebour me la remise... pour vous... lorsqu'Edouard m'a parlé d'un cousin pilote qui portait le même nom que lui, j'ai immédiatement pensé à vous. Vous êtes connu et on avait parlé de vous dans la presse quelques semaines auparavant lorsque vous avez eu la DSO. Votre cousin m'a demandé de ne rien dire à Julie à votre sujet. Mais pour une raison qui m'échappe, elle savait que vous étiez en Angleterre que vous faisiez partie des FAFL... elle avait même une photo découpée dans un journal anglais...elle m'a parlé de vous et j'ai dû admettre que je vous connaissais de réputation... alors un matin elle m'a donné cette lettre... et me voilà.
Nerveusement, il s'alluma maladroitement une cigarette.
Martel restait les yeux fixés sur l'enveloppe, n'osant y croire, il ne pouvait pas l'ouvrir.
Roberts était gêné, ceci d'autant qu'en cette fin de soirée, le mess se remplissait gentiment des pilotes qui avaient terminé leur journée. Il sentait qu'on les observait. Il descendit de la chaise de bar et mis sa casquette sur la tête.
- Bien... bon ben voilà j'ai fait ma commission...maintenant, je crois que je vais vous laisser Martel, je doit y aller...
Il fit un pas, mais René Martel le retint.
- NON... heu excusez-moi.. non... attendez, ne partez pas comme ça.
Roberts repris sa place sur le tabouret du bar.
- ... Parlez-moi d'elle... comment était-elle, ses habits? sa coiffure? son parfum?
- Haem, écoutez Martel, je suis conscient que ma visite vous trouble, mais je doit vraiment y aller, je n'ai pas de chambre et il faut que je trouve un hôtel avant la nuit.
- Nous vous logerons ici, nous avons des chambres, tiens celle de ce malheureux Stevenson, elle est libre maintenant, vous pourrez dormir là, Emil... je veux dire le Pilot Officer Volta a certainement organisé le transfert de ses affaires à la clinique où il est soigné... je vous en prie Roberts... restez.
Le pilote de Mosquito devait la vie à la famille de René Martel, aussi il décida de rester à Manston.
- Elle est vraiment très belle Martel, l'une des plus belles femmes qu'il m'ait été donné de voir...
Et jusque tard dans la nuit, il raconta ce qu'il avait vu et vécu pendant sa terrible escapade.
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Lun 12 Fév - 9:01

Superbe .... comme d'hab aurais je tendance a dire, je reprends les textes a chaques fosi dans word, une petite mise en page .. il ne manque que quelques images triée du jeu , de shoot de film pour l'ambiance visuelle (presque pas besoin tellement l'imagination travaille en te lisant) et c'est éditable.

hihi,.... un mot -> encore
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Voodka cooling, c'est quand meme mieux un pilote plein qu'un reservoir vide .... !

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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mar 27 Mar - 12:24

Bravo Harry c'est magnifique , chui fan !
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mar 17 Juil - 17:01

Le lendemain, avant de se séparer, les deux hommes se promirent de se revoir. Martel ne détourna son regard de la voiture de Roberts qu'une fois celle-ci disparue au bout de la route.
Il soupira profondément. Il avait maintenant rendez-vous avec le Group Captain Warwick et il savait que son entretien serait difficile. D'un pas décidé, il traversa la base en direction du quartier général.
Il se présenta devant la porte du bureau du Group Captain Warwick, après avoir frappé deux coups discrets, la réponse de se fit pas attendre, la voix de stentor de l'Officier supérieur anglais résonna de l'autre côté de la porte:
- Entrez!
Martel avait revêtu son uniforme le plus propre, il avait parfaitement ajusté sa casquette et il fait effectua un salut parfait:
- Flying Officer Martel à vos ordres Sir.
Warwik était resté assis, les mains jointes sous son menton. Il observa le pilote français quelques secondes avant de l'inviter à s'asseoir.
- Prenez place Martel.
Il ajusta de petites lunettes de lecture et consulta rapidement la lettre qui était posée sur son bureau avant de la reposer et d'à nouveau regarder Martel en faisant en gros soupir.
- Votre demande m'ennuie Lieutenant... Vous vous rendez compte si chaque pilote de la RAF commençait de soumettre ses désirs à l'Etat-Major, où irait-on?
Martel se dandinait mal à l'aise sur sa chaise.
- Ecoutez Sir, je sais que le Général de Gaule essaye de mettre en place une escadrille complète composée de pilotes français. Vous pensez bien que cela m'intéresse, maintenant si je vais avec le 615 aux Indes, je serais trop loin pour revenir et je risque d'être coincé là-bas, c'est la raison de ma demande.
Warwik se leva et tout en arpentant la pièce, alluma sa pipe. Pensif, il s'immobilisa devant la fenêtre qui donnait sur l'aérodrome. Au bout de la piste, la patrouille du matin prenait l'air dans le grondement sourd des moteurs des Spitfire MkIX dont le Squadron venait d'être rééquipé:
- Oui j'avais compris cela Martel, je suis au courant de cette escadrille que votre Général aimerait mettre en route, je connais même le numéro de ce squadron; 340. Je connais aussi le front sur lequel il sera envoyé et le type d'avions que le Fighter Command aimeraient y affecter. Franchement Martel, je ne sais pas si vous faites un bon choix en rejoignant ce groupe, dans l'immédiat en tout cas.
Martel répondit:
- Ah bon! Et où ce Squadron est censé aller?
Tout en curant sa pipe Warwick s'appuya nonchalamment contre un gros secrétaire ventru et répondit.
- Si vous vous allez affronter des Bf109G et FW190 en P40 en Afrique, rejoignez cette escadrille.
Martel était déçu, pour lui, le P40 s'était le vieux Tomahawk de 1941 utilisés par les Australiens des sqn 112 et 250, il n'avait pas connaissance que Curtiss avait depuis, produit de nouveaux modèles plus performants.
- Des... des P40...
Il resta silencieux quelques secondes. L'Afrique, ça faisait quand même une trotte, et puis le Curtiss. Il se souvient des P40 prêtés par les Américains et qui étaient à North Wealt. Un pilote du squadron 62 qui les avait essayés, en avait une piètre opinion et c'était en 1941, alors aujourd'hui avec les nouvelles montures de la Luftwaffe, autant signer tout de suite son arrêt de mort. Il répondit résolument.
- Sir, je vous remercie de ces informations. L'Afrique, passe encore, mais me passer du Spitfire pour voler sur un Curtiss; non merci!
Il se leva.
- Je suis désolé de vous avoir dérangé Sir, je suivrais le squadron 615 vaille que vaille.
Il s'apprêtait à partir quand le Group Captain Warwick. L'interpella.
- Attendez Martel, j'ai peut-être une solution pour vous. Le127..., je veux dire le squadron 127, est équipé de Spitfire, ça vous dit?
Martel le regarda un peu surpris:
- Le 127? Je ne connais pas cette escadrille.
Le regard malicieux, Warwick le coupa:
- ... je répète, ils ont des Spitfire. Ainsi, quoi qu'il arrive vous ne serez pas trop loin de votre escadrille française et vous pourrez toujours changer d'avis plus tard.
Il se rendit près de son secrétaire, fouilla dans un classeur suspendu tout en grommelant en mordillant sa pipe.
- Alors..... 127... 127... aah le voilà, il me semblait que j'avais encore la demande quelque part...
Il extirpa une feuille d'engagement qu'il remplit partiellement à la main. Après l'avoir signée, il la tendit à Martel.
- Voilà complétez et...
Indiquant l'emplacement avec le bec de sa pipe.
- ... signez ... ici.
Le FO Martel était heureux et signa sans discuter et surtout sans lire tout le document, notamment la deuxième page que Warwick s'empressa de reprendre.
- Merci Sir, je n'en demandais pas tant, vous êtes chics, je commençais de croire que les Anglais abusaient un peu des volontaires français.
Warwick épongea l'encre de l'épitaphe avec un buvard.
- Bien je suis content que vous ayez accepté de rester dans la RAF. Le commandant du 127 est pour vous, une vieille connaissance, il s'agit du Wing Commander Harry J. Flower. Je crois que vous avez volé avec lui pendant la Bataille d'Angleterre. Vous le rejoindrez dans 3 jours à Huddersfield près de Manchester.
Martel fut un peu surpris.
- Huddersfield? Près de Manchester? Mais c'est tout au Nord du pays ça?
Warwick sembla un peu gêné.
- Oui heu.. c'est que vous allez toucher de nouveaux avions, des Spitfire je vous rassure, et qu'il y une petite conversion à faire et du matériel spécifique à toucher avant d'être opérationnel.
Alors qu'il allait quitter le bureau. Warwik le rappela:
- Ah oui, j'allais oublier, je vous remercie sincèrement d'avoir accepté ce poste. Nous avions de la peine à trouver des volontaires pour cette escadrille...
Martel se figea instantanément:
- Comment ça des volontaires???
Warwick fit des yeux étonnés.
- Ah... je ne vous l'avais pas dit... ça a dû m'échapper... le squadron 127 fait partie du Wing 76 stationné en Afrique du Nord.
Martel, réalisant qu'il avait été dupé, s'emporta:
- Quoi! Comment ça en Afrique? Vous voulez dire que je pars en Afrique, c'est bien ça.
René était un gars calme et intelligent, mais il n'était pas du genre à être abusé et pris pour un idiot sans réagir.
- Sir! Lorsque vous m'avez parlé du squadron 127, il n'a jamais été question d'Afrique! Vous m'avez trompé! Rendez-moi immédiatement mon ordre de transfert!
Il s'avança menaçant vers le bureau de Warwick. Celui-ci alluma sa pipe nonchalamment.
- Voyons, voyons Martel, calmez-vous, je vous en prie. Vous ne voudriez quand même pas rejoindre Le Caire à fond de cales non?
René Martel s'immobilisa hésitant. Il n'allait quand même pas frapper un officier supérieur de sa Gracieuse Majesté. Warwick poursuivit:
- De quoi vous plaignez-vous Martel, vous n'allez plus en Birmanie, vous conservez votre Spitfire et vous vous rapprochez de l'escadrille française que De Gaule est entrain de mettre en place.
Le pilote français resta un moment silencieux. Warwick n'avait pas tout tort.
- C'est... c'est dégueulasse, vous m'avez abusé. Si vous vouliez que je rejoigne le 127, il y avait qu'à me présenter les choses honnêtement, certainement que j'aurais accepté...
Et il s'en alla en tapant violemment la porte. La tête émaciée du Lieutenant Scrodge, la secrétaire particulière de Warwick, apparu au guichet, la cinquantaine tapante, les cheveux colorés en gris argent avec reflets bleutés, la plus ancienne WAAF de la base faisait assez régulièrement l'objet de quolibets de la part des pilotes. Un rictus sévère soulignait son regard réprobateur.
- Et bien que ce passe t-il ici? En voilà des façons de quitter le bureau d'un officier supérieur de la RAF!
Martel très énervé n'avait pas envie de se confondre en explications. Il s'arrêta à la hauteur du guichet!
- Désolé la vieille chouette. Y avait un vent de révolte qui souffle. Je vous conseille d'ailleurs de réintégrer votre charmant bureau avant que la porte de votre guichet ne se ferme à son tour de manière brutale sur votre joli nez crochu!
Il avait parlé en Français. Miss Scrodge réintégra son bureau sans insister.
C'était jour de repos pour l'escadrille "B" dont faisait partie Martel et ses camarades français. Il rejoignit d'un pas nerveux le mess des officiers et s'assied au bar sans un mot. Emil Volta faisait des mots croisés dans un coin et Louis Kierkegaard s'appliquait, la langue dehors à écrire une lettre. L'arrivée de Martel les intrigua et ils le rejoignèrent au bar. En deux mots René leur expliqua la situation.
- ... et voilà je quitte la base pour Huddersfield dans deux jours.
Le lendemain, après une dernière patrouille ennuyeuse sur le Channel, Le F/O Martel prépara, mélancolique, ses affaires. Trois ans qu'il avait quitté la France pour rejoindre la RAF dans des conditions épiques avec Louis. Qu'il combattait aux côtés de François Devarenne, Louis Kierkegaard et Emil Volta. Trois ans... et en deux jours, deux nouvelles importantes venaient chambouler le train train quotidien de la vie du squadron 615. La visite de Roberts qui lui a remis la lettre de Julie et son transfert vers l'Afrique. Il plissa sa combinaison de vol et la rangea soigneusement dans son sac à effets. Le jour suivant, au petit matin, après un dernier regards sur sa chambre vide, il ferma doucement la porte et dans la brume matinale, se rendit au mess pour un dernier petit déjeuner qu'il englouti rapidement. Il salua le cuisinier et le personnel intendant et pris la direction du quartier général pour annoncer son départ. Sans un mot, les yeux gonflés par la fatigue, le caporal timbra son ordre de départ et René Martel tourna résolument le dos au gros bâtiment gris. Tout en cheminant vers la sortie de la base de Manston, son regard se fixa sur les Spitfire qui avaient été sortis des hangars et que l'on préparait pour la première patrouille du matin. Il s'approcha. Le codé KW- E, son avion attitré était là. On avait effacé ses marques de victoires sous le hood, un autre le prendrait ce matin. Il n'aurait pas cru que cette séparation l'affecterait autant. Les mécaniciens qui le connaissaient le saluèrent et se retiraient quelques instants. Martel caressa l'aile elliptique du chasseur anglais. Il soupira un grand coup:
- ...le prolongement de mon corps... j'espère que ton successeur pourra me rendre autant de service que toi vieux frère.
Les yeux humides, sans un mot, il quitta les abords du taxiway et se dirigea résolument vers la sortie. Il était un peu triste car il n'avait pas pu dire correctement au revoir à ses camarades français. Ceux-ci avaient curieusement disparu le jour avant et Volta qui devait être son ailier dans la patrouille avait même réussi à se faire remplacer. Probablement inquiet de porter la guigne pour un dernier vol, par contre, autant lui que Devarenne et Kierkegaard n'avaient pas apparu au mess le soir alors que normalement, ils ne loupaient jamais l'occasion de venir boire un dernier thé avant d'aller se coucher. C'est ainsi, avec un petit bleu à l'âme qu'il se retrouva de la porte principale de la base, à attendre le camion Austin qui tout les matins conduits les permissionnaires ou les pilotes transférés à la gare de Manston. Bientôt, le bruit d'un véhicule arrivant à vive allure se fit entendre au loin dans la brume. Martel fronça les sourcils. Le son du moteur de cet engin ressemblait plus à celui d'un gros Diesel marin que celui crépitant d'un camion Austin. Bientôt deux gros phares suivis d'un long capot et de deux grandes ailes noires faisaient leur apparition. D'un coup de frein énergique, le conducteur immobilisa la grosse Daimler V12. Martel observait, maintenant, incrédule, le long véhicule de luxe. Le gros échappement laissait échapper un borborygme grave et une odeur qui ne laissait aucun doute quant à l'origine de l'essence utilisée dans le monstre; carburant aviation. La porte arrière s'ouvrit silencieusement et François Devarenne, la veste de sortie ouverte au premier bouton, la casquette de travers, tenant une bouteille de champagne dans la main, quitta l'habitacle:
- Les passagers à destination d' Huddersfield sont priés de monter à bord!
Les yeux ronds d'étonnement, René s'approcha de François, la vitre côté conducteur se baissa et le bras à la portière Emil Volta le regarda avec un petit sourire, tout en tapotant la portière, il s'adressa à Martel.
- Allez mon petit René, tu viens on y va. C'est un prêt d'une gentille dame aisée qui tient une maison hautement recommandée de Canterbury et qui a une attirance particulière pour les beaux pilotes de la RAF, surtout ceux qui parlent français. Elle me l'a prêtée à condition que je lui trouve de l'essence, ce qui ne fut pas difficile tu penses bien, pour un démerde comme moi.
Martel était bouche bée.
- Vous... vous êtes allés dans un lupanar?
Devarenne le regardait avec une petite étincelle lubrique qui brillait dans ses yeux vitreux.
- Ouai et je te dis pas le programme. De la haute voltige avec ma..âme Suzanne. Elle m'a fait des trucs que je pensais même pas que ça existaient... ouai!
René ne savait plus quoi dire:
- Et vous avez demandé une perm pour me conduire à Huddersfield, c'est chic les gars.
Louis Kierkegaard qui était à moitié endormi enfoncé dans les moelleux sièges en velours pourpre de la Daimler émergea de sa cuite:
- Une permission... tu... tu rigoles! On vient avec toi en Afrique Re... René! Hier on est allé voir Warwick, on lui a demandé de nous transférer au squadron 127, comme il a été d'accord, on est parti fêter ça chez Dame Callbridge à Canterbury. Allez monte, je ne peux plus la voir en peinture cette base de Manston, on a de la route à faire et si on veut être à l'heure, faut se dépêcher...
Le F/O Martel ne savait pas s'il devait rire ou pleurer. Emil qui semblait être le seul à peu près en état, sortit de la limousine sportive et ouvrit le coffre partiellement encombré avec une grosse nourrice d'essence. Il lui fit un clin d'oeil.
- C'est que ça boit ce briquet, j'ai dû prévoir un peu de réserve. Vas-y déposes tes bagages. Vu l'état de nos deux gais lurons tu t'assiéras à ma gauche. L'arrière n'est pas encore très fréquentable.
- Vous êtes fous les gars, vous êtes complètement fous, mais je vous adore!
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mar 17 Juil - 17:35

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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mer 28 Nov - 6:39

Même si notre René réel est parti et que Volta a rejoint l'armée pour de vrai, la saga de René Martel et de ses camarades Louis Kierkergaard, Emil Volta, François Devarenne, Pyker, Oscar "Bob" Roberts et tous les autres va se poursuivre du côté de la Cyrénaïque...
Ca viendra ces prochains jours Cool

Extrait d'une biographie imaginaire.

Tirée du magasine virtuel et "Aeroplane" tout aussi imaginaire... Wink

: On lit souvent à votre sujet que la période "désert" fut une des plus prolifiques pour vous?
H: Oui c'est vrai, je crois en toute modestie pouvoir dire que j'étais à ce moment au sommet de ma forme. La campagne d'Afrique du Nord a été très dure du fait des éléments. La chaleur et le sable rendaient les choses difficiles. On se battait avant tout contre la météo, après contre les Italiens et les Allemands. Cette situation rendait la guerre plus "humaine" plus chevaleresque. A 17h00, il était de coutume de s'arrêter, c'était l'heure du thé, les deux bords cessaient les combats. En fait, j'adorais cette situation, on était loin de Londres et de la rigueur disciplinaire. C'était la débrouillardise totale, chaque jour apportait son lot de soucis qu'il fallait résoudre.

A: Comment décrivez-vous votre adversaire dans ces conditions particulières?
H: Et bien, il y avait les Italiens et les Allemands. On a souvent dit que les Italiens étaient de piètres soldats, je crois qu'ils étaient surtout mal encadrés. Certains de leurs pilotes étaient très bons et lorsqu'ils étaient bien pilotés, leurs avions étaient capables de nous causer passablement de problèmes. Les Allemands, comme d'habitude avaient un très bon niveau et des avions très performants, meilleurs que les nôtres. Par contre, comme leurs convois étaient constamment harcelés en Méditerranée par nos forces basées à Maltes, ils ont toujours manqués de pièces, de carburants et de pilotes. Leur chasse se battaient en escarmouches mais que pouvaient-ils faire d'autre avec 12 Bf109F face à parfois 30 ou 40 Hurricane ou Tomahawk?

A: On a souvent dit que le Spitfire MkVC à 4 canons était le plus mauvais des Spitfire. Pourtant c'est aux commandes de cet avion que vous avez abattus le plus d'avions ennemis.
H: On reprochait au MkVc l'enrayement de ses canons et ses performances amenuisées à cause de son filtre Voke et du poids engendré par les 2 canons supplémentaires. Mais qui dans le désert n'avait pas des problèmes d'armes enrayées et de filtration sur les moteurs? On a tendance à oublier avec le recul qu'un avion ce n'est pas seulement ses performances pures qui en font un bon avion, mais également et surtout le contexte dans lequel il a été engagé. Alors qu'à partir de 1942 le Hurricane avait pratiquement disparu des premières lignes, en Birmanie il a été utilisé jusqu'à la fin de la guerre...
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mer 28 Nov - 9:49

cheers
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Mer 28 Nov - 10:13

Je suis impatient de lire la suite cheers
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Ven 30 Nov - 6:20

- Bonjour Messieurs, bienvenue au squadron 127 à Huddersfield. Je suis non seulement là pour souhaiter la bienvenue, mais également pour vous présenter votre nouveau théâtre d'opérations et tout ce qui va avec, soit vos avions, le matériel de corps et votre matériel personnel.
Derrière le Wing Commander Harry Flower, il y avait une carte représentant une partie du Nord de l'Afrique. Sur une table se trouvait une pile d'habits couleur beige, et quelques accessoires. Il continua:
- En Cyrénaïque, avant les Allemands et les Italiens vous rencontrerez trois nouveaux ennemis! le soleil, le sable et le désert! Le désert c'est 50° degrés la journée, 0° degré la nuit! Pas une zone d'ombre, pas d'eau à des milliers de Yard. Le sable s'infiltre partout, dans vos habits, dans vos chaussures, dans les moteurs, les armes de bord. On ne gagne pas une guerre avec le désert, on s'y adapte. Celui qui vaincra les éléments en Cyrénaïque, gagnera la guerre du désert!
Avec une longue baguette, il indiqua une grande tache jaune sur la carte.
- Le Sahara oriental! Des dizaines de milliers de yards carrés de sable et de cailloux. Les habitants de ces contrées sont les scorpions, des serpents venimeux, quelques rongeurs, le chameau et le Fennec. Les tribus touaregs, les hommes bleus, vivent au rythme de cette marre de sable. En cas d'éjection dans ce secteur, sans expérience vous aurez aussi peu de chances de survivre qu'en barbotant dans l'Atlantique Nord en plein mois de février. C'est pourquoi vous êtes ici. Dans les deux semaines qui vont suivre, vous allez être formés à combattre dans ce milieu si particulier. Ca ira de la manière de préserver vos moteurs aux gestes qui sauvent en cas de morsures de serpents en passant sur les us et coutumes locales et l'orientation par les étoiles.
Il s'approcha de la table où étaient empilées les pièces d'uniforme et le matériel qu'il tapota de la main.
- Au terme de cette séance, chacun se rendra individuellement au magasin pour y retirer son paquetage individuel et son uniforme tropical. Ensuite, vous vous trouverez à 16h00 au hangar 4 où votre instructeur vol, le FL Gerry vous présentera l'avion sur lequel vous volerez là bas, le Spitfire MkVc.
Les pilotes quittèrent la salle en discutant jovialement. René Martel se dit que finalement, l'aventure qui se présentait était intéressante. Et puis le Sahara lui rappelait un grand-oncle un peu fou qui avait servi dans la Légion et dont les récits extraordinaires l'avaient captivé alors qu'il était enfant. Les forts de pierres français, les bédouins, les femmes mystérieuses et belles l'avaient fait rêver. Il se présenta le premier au dépôt. Le matériel de chacun avait été préparé à l'avance. Une rapide séance d'essayage et il regagna sa chambre. Il lui restait presque une heure à tuer avant de rejoindre le hangar 4, il se rendit donc au mess où il commanda une pinte de bière étonnamment fraîche. Surpris, il interrogea le barman.
- C'est bien la première fois que je bois une bière si délicate et fraîche en Angleterre.
Le soldat responsable du bar essuyait nerveusement le zinc à grands gestes circulaire. Il maugréa:
- C'est depuis qu'on a ce "Belge" sur la place. Il s'est arrangé pour avoir une de ces armoires refroidissantes que les Américains ont amené avec eux. Il a exigé que toutes les bières servies aux volontaires de la RAF devaient impérativement passer deux bonnes heures dans ce truc avant d'être servies...pfff comme si on ne savait pas servir une bonne bière en Angleterre.
René réfléchissait mais il n'avait pas souvenir d'avoir vu dans son groupe un pilote d'origine belge. Le squadron formait d'ailleurs comme souvent en ces sombres années de guerre, un mélange hétéroclite de pilotes provenant de diverses destinations. Ainsi, le 127 était non seulement composé de quelques pilotes anglais, mais également d'Ecossais, de Néo-Zélandais, de Français et même d'un Hollandais à l'accent à couper au couteau. Alors qu'il allait demander des précisions concernant ce pilote belge, la porte s'ouvrit en fracas sur le FL Pyker.
- Alors ça! Alors ça, on m'avait bien dit que la bande à René avait rejoint notre circus, mais je tenais à le voir de mes propres yeux!
Il traversa la petite salle de débit en trois pas et donna une claque amicale à Martel.
- Ah ben oui, ç'est bien lui! Sacré René, alors qu'es-tu devenu depuis notre escapade en Spit sur le port de Sherness? Tu te souviens la pâtée qu'on avait mis aux Fritz et Lee Marvey, la gueule qu'il avait faite quand Brand lui avait téléphoné en plein sermon!
Il rigola bruyamment. Sans laisser le temps à Martel de répondre, il apostropha le barman.
- Allez Clark, servez-nous deux belles pintes de bière et de la fraîche hein! Allez hop au pas de course, oune deux oune deux!
Les deux hommes échangèrent quelques souvenirs communs. Pyker expliqua qu'il avait été au squadron 11 quelques semaines après le fameux épisode de Sherness. Cette escadrille était attachée à la défense du territoire. Au début, ce groupe volait sur Spitfire MkVb. Avec l'arrivée des FW190 qu'ils ne pouvaient rattraper, le "11" était passé sur Spit à ailes tronquées et moteur spécial. Il y a quelques mois, lorsqu'il avait appris que l'on cherchait des volontaires pour l'Afrique du Nord, il avait saisi l'occasion.
- J'en avais marre de ce brouillard et de cette pluie. Ca faisait trop longtemps que je rêvais de soleil, alors j'ai pas hésité.
La situation était plaisante car la plupart des pilotes étaient des routiniers qui avaient pour certains même combattus ensembles. Le fait de savoir que l'on pouvait compter sur des coéquipiers efficaces étaient rassurants et l'ambiance était excellente.
A 16h00, tous les pilotes se pressaient dans le hangar pour voir leur nouvelle monture. Le FL Gerry présenta l'avion. Un Spitfire MkV au camouflage ocre et brun avec une drôle de prise d'air sous le capot. Dans ses ailes, quatre canons de 20mm dépassaient agressivement.
- Messieurs, autant vous le dire tout de suite, cet avion est un échec. C'est sans doute le pire Spitfire que vous serez amenés à voler et avec l'arrivée des premiers Spitfire MkIX enfin capables d'affronter le FW190, on pourrait effectivement se demander si notre état-major n'est pas un tantinet optimiste de nous faire voler sur ce cageot. Et bien Messieurs, rassurez-vous car il y a une raison, une bonne raison...
Dans l'assistance une rumeur sourde se fait entendre. L'instructeur s'approcha d'un petit pupitre où il saisit quelques feuilles de papiers.
- Je lis ici les derniers résultats du squadron 62 affecté à la base d'El Farouk au Sud Est du Caire après trois mois d'opération. Victoires aériennes: 32, victoires terrestre: plus de 60 véhicules, bâtiment, positions d'artillerie etc... ajoutons encore 3 navires de transports attaqués aux canons. Les pertes s'élèvent en trois mois à 12 pilotes sur 28. Ce squadron comme de nombreux autres bataillant sur ce front, est équipé de... Hurricane MkIIc et de Curtiss P40, des appareils, vous en conviendrez inférieurs à ceux de nos ennemis. Savez-vous pourquoi, ces pilotes s'en sortent aussi bien? Tout simplement, parce que ces chasseurs sont actuellement les seuls à résister au climat du désert! Comme vous la certainement dit le WC Flower lors de votre arrivée, le premier ennemi que vous allez rencontrer c'est le désert, et celui qui s'y adaptera le mieux gagnera cette bataille! Tout comme le Hawker et le Curtiss, le Spitfire MkVc a été étudié pour combattre sous ces latitudes. Il est plus lent qu'un MkVb, mais il est solide et fiable et c'est le premier objectif qu'on lui demande, soit de voler longtemps sans connaître de problème. L'ennemi connaît les mêmes problèmes et actuellement, le meilleur appareil dont disposent les forces de l'Axe en Libye, c'est le Bf109F et encore, leur nombre est restreint. Messieurs, je vous annonce que nous serons les premiers à combattre en Spitfire sous ces latitudes et croyez-moi, nous serons une mauvaise surprise pour les Allemands et les Italiens!
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MessageSujet: Re: René Martel, vive la France Libre   Ven 30 Nov - 6:21

Une rumeur de satisfaction parcoura l'assemblée.
Et les jours se déroulèrent d'entraînement en théories qui furent rapidement assimilées. Le jour précédent le départ. Le Wing Commander Flower avait annoncé:
- Bien demain matin à 06h00 départ pour notre embarquement.
Le lieu était tenu secret, mais c'était une habitude de ne divulguer que le minimum d'informations.
Le lendemain, à l'aube, ils s'entassèrent dans quatre camions qui en deux heures les conduisaient au bord de l'Atlantique. Martel et ses camarades découvraient le port de Liverpool et le navire qui allait les transporter jusqu'en Méditerranée, le HMS Illustrious, un imposant porte-avions. En contemplant le navire François Devarenne se grattait la tête.
- Sacré coquille de noix. Tu parles pour passer inaperçu des U-Boot.
Empoignant résolument leur sac à effets, les pilotes se dirigèrent vers la passerelle où les attendaient deux matelots qui vérifièrent leurs ordres de marche. On les conduisit dans leur carré. Plusieurs escadrilles occupaient le navire et dans les soutes du bâtiment, outre leurs Spitfire, les pilotes du squadron 127 découvraient des Beaufighter et des Hurricane montés avec de gros canons sous les ailes.
- Canons de 40mm antichars!
Leur avait annoncé fièrement un jeune pilote britannique. Louis Kierkegaard le regarda un peu désabusé:
- Heu ouai, sont chouettes vos tuyaux de chauffage, mais si un essaim de Fritz vous tombe sur le poil, vous faites quoi avec ces veaux.
Leur interlocuteur parti d'un grand éclat de rire. Fanfaron il poursuivit en leur faisant un grand clin d'œil.
- Mais mon pauvre ami, pour que des Allemands nous tombent dessus, il faudrait qu'il y en ait encore.
Les quatre pilotes français restèrent quelques secondes silencieux devant une telle naïveté. Devarenne s'approcha le sourire moqueur.
- Et bien mon petit, ce n'est plus de la vantardise, mais carrément de l'inconscience. Dépêches toi d'écrire à maman pour lui dire que t'es encore en vie, parce que d'ici quelques semaines ça risque bien de ne plus être le cas.
Le jeune pilote voulu ajouter quelque chose, mais Louis lui fit signe de se taire et les quatre camarades se retirèrent en rigolant.
Malgré les submersibles allemands, le reste du voyage fut sans histoire. Il faut dire que le convoi purement militaire, était peut-être une cible de choix pour les Loups Gris, mais également et surtout une cible dangereuse avec les nombreux destroyers qui encadraient l'Illustrious et le HMS Victorious. Le passage du détroit de Gibraltar se déroula sans problème. Trois jours plus tard, le commandant de bord arpentait nerveusement la passerelle du poste de commandement. La proximité de Malte et des nombreux raids allemands qui se succédaient au quotidien sur l'île engendrait une grande tension dans le kiosque du porte-avions. Le surlendemain, une dépêche urgente alarmait le commandement. Tobrouk était tombé. Après des mois de siège, Rommel avait fini par capturer la ville. Un grand chamboulement dans l'organisation des forces du Commonwealth dans le secteur était à l'ordre du jour. Ainsi, on chuchotait que Churchill s'était déplacé en personne au Caire. Fort mécontent, il avait renvoyé Auchinleck en Angleterre le remplaçant par un jeune commandant, le Maréchal Montgomery. Les missives arrivaient l'une après l'autre au convoi. Dans un premier temps il avait été question de débarquer tout le monde à Malte, puis l'ordre avait été annulé. Le pilotes étaient nerveux, des bruits couraient dans les coursives de l'imposant navire de guerre, que le squadron 127 allaient peut-être devoir décoller du porte-avions. Aucun des pilotes de l'escadrille n'avaient jamais décollé d'un navire, la tension était à son comble lorsque le Wing Commander Flower fit son apparition à la salle de briefing.
- Bien Messieurs, après la chute de Tobrouk, un vent de panique a soufflé un instant dans les rangs de notre état-major au Caire. Winston lui-même est venu mettre un peu d'ordre dans ce merdier.
Flower s'essuya nerveusement le visage.
- Il a donc décidé de mettre les moyens nécessaires pour effectuer une puissante contre offensive, contre offensive dans laquelle nous sommes naturellement impliqué en première ligne. L'Illustrious va devoir faire demi-tour pour rentrer le plus rapidement en Angleterre et récupérer de nouveaux squadron. Winston a décidé de mettre le paquet ce coup-ci! Nous allons donc devoir quitter le bateau dans moins de quatre heures afin d'arriver au Caire avant la nuit. On vous expliquera comment décoller de ce navire, vous verrez ce n'est pas si compliqué que cela. Je vous donne rendez-vous à 17h00 dans cette même salle, ne prenez que le minimum d'affaires, le reste suivra plus tard par voie maritime.
Martel et ses camarades se regardèrent inquiets. Ce qu'ils redoutaient le plus ses derniers jours allaient s'accomplir. Ils rejoignaient leur cabine sans un mot. Rapidement, il préparèrent quelques affaires qui pourraient tenir dans le cockpit étriqué de leur Spitfire.
A 17h00 on expliqua sommairement comme décoller du porte-avions et nerveux, les pilotes rejoignaient le pont inférieur où chaque Spitfire étaient acheminés sur l'ascenseur pour y être monté sur le pont d'envol. René Martel se vit attribuer l'avion codé "E", Flower lui avait confié le groupe vert. On l'appela et il se mit avec deux mécaniciens sur le pont du monte-charge où venait d'être placé son Spitfire flambant neuf. Lorsqu'il apparu sur le pont, la Grande Bleue était calme, au loin le soleil qui commençait de descendre brillait de mille feux. A l'arrière du pont, les 4 premiers Spitfire étaient positionnés prêt à l'envol. Des cales bloquaient les roues. On poussa son chasseur sur l'avant-dernière position. Pendant que les mécaniciens s'efforçaient de ranger ses quelques bagages dans les trappes à batteries et dans l'habitacle, il s'équipa lentement, les embruns fouettaient son visage. Bientôt le dernier Spitfire à faire partie du premier groupe de 8 avions émergeait des entrailles du porte-avions avec, à ses côté, Louis Kierkegaard. Lui aussi, n'était pas très rassuré. Pourtant la méthode était simple, une fois le moteur en température, mettre à fond avec 120 de richesse et 2,5 pouces à l'admission pour tirer le maximum de puissance au moteur. Hélice au pas de combat, volets sortis à 75%, et radiateur complètement ouvert. Bloquer la roulette de queue, et quand le moteur a atteint son plein régime, faire signe au mécaniciens qui alors, retireront les cales. On leur avait indiqué de maintenir au maximum la queue sur le pont car il avait tendance à partir du nez. Dès la moitié du pont parcourue, laisser faire en tenant le cap. Une fois en l'air ne pas traîner pour rentrer le train, puis ramener les volets progressivement, ensuite, méthode de vol habituelle. Facile à dire, à faire ça sera une autre paire de manches, se dit René alors que les mécaniciens l'aidaient à se sangler.
le moteur Merlin du premier Spitfire s'ébroua et les fumées évacuées par les échappements s'évanouirent rapidement dans le vent. Le cockpit sentait bon la peinture fraîche et le cuir neuf. Les sangles neuves lui faisaient mal sur sa fine combinaison de vol et il les détendit un peu. Quelques minutes plus tard, les 8 moteurs Merlin cahotaient en cadence, prenant leur température. René savait que sur les coursives, les camarades du squadron les observaient anxieusement. L'Illustrious s'était maintenant placé dans le vent à pleine vapeur. Le moteur du premier Spitfire, celui de Flower, monta en régime. Le bruit était terrifiant, par le cockpit ouvert, René pouvait ressentir le souffle puissant de l'hélice. Le Wing Commander leva le bras, le tissus de sa combinaison de vol flottait dans les remous, les deux mécaniciens retiraient simultanément les cales le chasseur se mis en mouvement. Vu de l'arrière tout semblait très simple. le Spitfire roula sur le pont, puis lentement la queue se leva et l'avion quitta le pont sans le moindre problème. Les trois chasseurs suivants firent de même et vint le tour de Martel. S'efforçant de rester calme, il répéta les gestes de ces camarades. D'un seul coup, libéré de ses cales, son Spitfire se mis en mouvement. Il avait l'impression qu'il était affreusement lent, mais ce n'était qu'un impression car le porte-avions naviguait à bonne vitesse. A la moitié de sa course, il relâcha la pression sur le manche, l'arrière de l'avion quitta instantanément le sol d'acier. Le pilote français contra instinctivement le couple, le chasseur resta en ligne jusqu'au bout du pont. Martel s'efforça de ne pas regarder vers la mer. Mais c'est à peine s'il ressenti une secousse lorsque son Spitfire quitta l'Illustrious. L'avion paru quelque peu hésiter, puis le train rentré, il devint moins instable. A 160 nœuds, Martel ramena ses volets à 25%, puis à enfin, il les rentra complètement. Il donna un peu de manche pour prendre de la vitesse, immédiatement le Spitfire accéléra. René Martel rejoignit la formation. Voler avec le hood ouvert conférait une drôle de sensation, les odeurs d'échappements mélangés à l'air salin avait un goût d'aventure. Il procéda aux bons réglages moteurs et plaça son groupe à droite du Flight de son leader en hippodrome d'attente droit au-dessus de l'Illustrious. Lorsque Louis Kierkegaard se plaça à sa droite, Flower prit sans attendre le cap de l'Egypte.
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Dernière édition par le Lun 28 Jan - 21:25, édité 2 fois
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René Martel, vive la France Libre

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